Tourisme : la fronde des hôtels contre les sites de réservation
La rédaction de LCI
Publié le 13 août 2021. TF info.

L'essentiel.

RAS-LE-BOL - Les hôteliers se rebellent contre les plateformes comparatives. Si ces dernières leur offrent une certaine visibilité, les commissions imposées par ces sites présentent un coût difficilement tenable pour un secteur déjà mis à mal par la crise sanitaire.

uelques clics et une liste colorée d’hôtels à des prix compétitifs déroulent sous vos yeux. Booking, Expedia ou encore Kayak… Ces plateformes comparatives sont devenues incontournables pour les Français qui veulent réserver des vacances rapidement et sans prise de tête. "Les tarifs sont plus intéressants", estime une passante, interrogée par TF1. Une autre cliente admet qu’elle aime se laisser guider par les nombreux avis des internautes qui inondent les sites de réservation. Un peu plus loin, c’est un jeune homme qui résume en quelques mots l'intérêt de ces sites : "Simplicité et facilité". Mais si ces plateformes présentent une vitrine précieuse, cette visibilité a un coût qui devient intenable pour les hôteliers.

A chaque réservation, les géants du secteur en ligne empochent une commission. Conséquences : la facture s’alourdit pour les hôteliers alors que le secteur se trouve déjà affaiblit par la crise sanitaire. Si les hôteliers doivent payer plus, il en va parfois de même pour les clients. Pris dans la précipitation, un couple a choisi de réserver au dernier moment une chambre sur le site d'un comparateur d''offres. Mais contacter directement l’établissement concerné aurait été plus avantageux. "Ici, on a une chambre qui est disponible à 53 euros sur notre site. Sur les plateformes de e-commerce, elle est à plus de 60 euros", indique Mickael Chevrier, co-gérant de l’hôtel Victor-Hugo à Lorient. Le spécialiste mentionne une commission qui s’élève entre 15 et 20% - qui n’avantage ni l’hôtelier ni le client.
La chaîne Contact Hôtels en guerre contre les commissions

"Quand le client vient chez nous pour la première fois, on est content d'avoir été trouvés à travers une plateforme. Mais on préfèrerait que la deuxième réservation se fasse directement sur notre site", souligne Mickael Chevrier. Ainsi, de nombreux hôtels indépendants ont choisi de bouder ces géants du secteur et appellent leurs clients à ne plus passer par ces sites comparatifs. Si la fronde s’organise, c’est aussi que le secteur doit faire face à de nouvelles dépenses à cause de la crise sanitaire - par exemple investir pour mettre en place le pass sanitaire. Plusieurs professionnels ont rejoint l’initiative de la chaîne "Contact Hôtels" en France – un regroupement de 300 hôteliers créé il y a 30 ans. L’objectif : créer une plateforme en ligne sans aucune commission afin que tout le monde puisse profiter de ses vacances.

Sur son site internet, l'association "Contact Hôtels" soutient que les réservations en direct "sont vitales pour des milliers d’hôteliers indépendants" et permettent d’éviter des commissions qui "asphyxient un bon nombre d’entre nous". Au micro de France 3, Thomas Richard, président de "Contact Hôtels", exposait le 11 août, le problème : "Nous devons payer une commission qui va de 15 à 25% et qui s’applique qui plus est sur la TVA ! Sur une chambre à 99 euros, c’est l’équivalent de 16 euros que nous perdons."

Par ailleurs, le système serait d’autant plus pervers que ces commissions seraient utilisées pour classer les chambres sur le site. "Ce sont souvent les hôtels qui payent le plus de commissions qui arrivent en haut de la liste, pas ceux qui sont les mieux notés par les clients", affirmait Thomas Richard. Cependant, l’association "Contact Hôtels" précise qu’elle n’est pas contre les commissions mais souhaite que ces dernières soient "moins élevées ". En effet, ces plateformes restent précieuses notamment pour avoir de la visibilité auprès de la clientèle étrangère.

 

kevin comte

Kévin Comte.

De nombreuses petites structures en ont assez de devoir payer des commissions pour être référencées sur ces sites, encore plus en cette période économiquement difficile.
Par Xavier Martinage
Publié le 11/08/2021. Capital.

Ils sont bien connus des Français : Booking, Hotels.com, autant de sites qui référencent les hôtels. Mais selon France Inter, pour les professionnels du secteur, trop c'est trop. En cause notamment, les commissions faramineuses que prennent ces géants du commerce en ligne. 300 hôtels indépendants se sont ainsi regroupés en une entité : Contact Hôtels. Le site qui se targue de proposer de milliers de nuitées et de comptabiliser près de 100.000 membres, propose en effet gratuitement de regrouper ces hôtels, sans prendre de commission, donc.

Comme un autre comparateur d'hôtel, il permet aux clients de réserver directement en choisissant sa ville ou sa région, les dates de son séjour et le nombre de personnes. Il s'agit pour la très grande majorité d'hôtels situés en France. Beaucoup de gérants d'hôtels ont adhéré à ce nouveau service à cause de la crise sanitaire qui a fragilisé le secteur ces derniers mois. Se retrouvant souvent face à des charges monstres et des difficultés à tout assumer financièrement, ils ne voulaient plus de ces frais supplémentaires. "Malheureusement, elles représentent environ 15 à 20% de notre prix standard public TTC. Et elles sont encore moins tenables avec le Covid", résume sur France Inter Eric Sicaud, directeur de Beau Séjour, un établissement à Royan, qui fait désormais partie de Contact Hôtel.

 

 

Des hôtels en crise appellent les clients à boycotter Booking et Hotels com
Par Nicolas Guarinos
Publié le 10/08/2021. Le figaro/économie.

Commissions trop élevées, rigidité pendant la crise: les hôtels indépendants cherchent à s’émanciper des grandes centrales de réservation en ligne.

Soutenez les hôtels indépendants, au plus mal à cause des mois de confinement, en y réservant votre chambre en direct, sans passer par les applis Booking et Hotels.com. Tel est l’appel lancé par Contact Hôtels, un regroupement de 300 hôtels indépendants, avec sa campagne #JeChoisislaFrance. Les agences de voyages en ligne offrent certes aux hôteliers indépendants une visibilité hors pair sur le web ; elles contribuent à remplir leurs carnets de réservations, à hauteur de 80 % du chiffre d’affaires pour certains.

Ce que l’hôtellerie a appris de la crise sanitaire.

Mais elles sont en position de force pour leur imposer leurs conditions, en particulier un taux de commission moyen de 17 %. Les hôteliers indépendants n’ont ni le pouvoir de négociation ni l’alternative commerciale des réseaux de franchisés, qui disposent de leur propre site. Pour ne rien arranger à leur situation financière délicate, même au plus fort de la crise sanitaire, Booking a refusé de consentir la moindre baisse de commission, selon Contact Hôtels. «Depuis la crise, Expedia (Hotels com) refuse de passer des contrats avec les hôtels de moins de 50 chambres», regrette Vincent Carro, gérant d’un hôtel à Lamballe (Côtes-d’Armor).

Peu d’impôts et peu d’emplois

La campagne vise à «expliquer aux clients que la commission sur leur réservation est trop élevée par rapport aux prestations des agences». Contact Hôtels promet aux clients réservant en direct des tarifs imbattables, la garantie «remboursé dix fois la différence s’ils trouvent moins cher ailleurs» et une remise de 4 euros par nuit sur le séjour suivant. «On préfère faire un geste commercial envers les clients plutôt qu’enrichir des sociétés qui payent peu d’impôts en France et créent peu d’emplois», souffle Vincent Carro.

site booking

 Ces irréductibles hôteliers suisses qui résistent à Booking.

En offrant une plus grande visibilité aux hôtels, Booking a su se rendre indispensable. En Valais, une poignée d’établissements réussit encore à s’en passer. Les autres essaient de limiter au maximum l’emprise de la plateforme de réservation.

6 août 2021 par Aline Bassin. Le Temps.

Discuter avec Richard Kuonen, propriétaire de l’Hôtel Alpes et Rhône, à Martigny, revient à ouvrir un livre d’histoire touristique. Se rappeler qu’avant l’arrivée d’internet et des téléphones mobiles, le touriste voyageait tout autrement. Qu’il se renseignait dans des guides touristiques et des catalogues et visitait des foires pour choisir la destination de ses prochaines vacances et l’établissement dans lequel il allait séjourner.

«Aujourd’hui, tout a changé, constate l’hôtelier qui a repris l’établissement de ses parents en 1989. Les clics sur l’ordinateur ont remplacé tous ces contacts.» Et il y a bien des chances que cette promenade numérique mène l’internaute au même carrefour, soit Booking.com, devenu leader mondial de la réservation en ligne. Un géant aussi critiqué qu’incontournable pour les acteurs de l’hébergement touristique.
Un client disputé

Jusqu’à présent, Richard Kuonen a réussi à faire sans. A cause des commissions si souvent pointées du doigt? «Même pas. C’est plutôt par principe, répond-il. Ça brise le lien avec le client. Ce n’est plus votre client, c’est un client de Booking.» Alors pour l’instant, l’hôtelier tient bon, riant lorsque vous lui apprenez qu’ils ne sont probablement plus qu’une poignée en Valais, ces hôtels qui réussissent encore à se passer de la plateforme d’origine hollandaise devenue américaine: «C’est vrai qu’on est un peu comme les irréductibles Gaulois dans Astérix.».

L’homme ne cache pas que cela devient toujours plus «compliqué», qu’il vit actuellement sur son «acquis». Une clientèle de groupes que lui amènent les autocaristes qui ont fait les beaux jours de son établissement. «A l’époque, en hiver, les ski clubs nous envoyaient des clients pour la semaine et on organisait leurs journées, chaque jour dans des stations différentes. Aujourd’hui, c’est fini tout cela. Tout passe par les sites.»
Offrir une expérience particulière

Et pour vivre sans la plus imposante agence de voyages numérique, il faut s’accrocher. Se spécialiser surtout, dans des segments très spécifiques, soigner sa base de données et bichonner son client. Vous ne trouverez par exemple pas de trace sur Booking du Maya Boutique Hôtel, situé à Nax, à l’entrée du val d’Hérens. Interrogée l’année dernière par Le Temps, sa directrice assurait très bien s’en sortir. Doté d’une dizaine de chambres, son établissement propose des séjours «jeûne et détox», un filon porteur dans une société obsédée par sa forme et sa santé.

Cette évolution a d’ailleurs profité à un autre établissement valaisan qui brille également par son absence sur le site de Booking: l’Hôtel Balance, à Salvan. Spécialisé depuis sa création, il y a trente-sept ans, dans le bio et le végétarien, l’établissement compte une cinquantaine de lits. «J’ai fait un essai gratuit de deux mois, il y a longtemps, mais cela ne m’a pas convaincu», lâche Roland Eberlé. L’hôtelier n’est pas prêt à changer de position car ses affaires sont florissantes. «Au début, c’était très, très dur. Mais maintenant, ça va très bien parce que la cuisine végétarienne et le yoga (l’hôtel organise des stages) sont très à la mode.»
Un intermédiaire devenu incontournable

Encore le Boutique Hôtel Coeur des Alpes à Zermatt, et c’est tout. Les associations professionnelles et autres experts du tourisme ne connaissent pas d’autres résistants. Même si, selon une étude annuelle de la HES-SO-Valais Tourisme publiée en avril, les réservations directes sont en hausse depuis le début de la pandémie. Elles ont généré en Suisse 62,5% des nuitées l’année dernière. C’est 5% de plus qu’en 2019. «Il y a certainement deux facteurs qui expliquent le phénomène, relève Roland Schegg, l’un des auteurs de l’étude. D’une part, les touristes internationaux n’ont plus pu venir et ce sont d’abord eux qui recourent très volontiers à de telles plateformes. Et puis, la situation sanitaire a aussi renforcé le besoin d’informations. En conséquence, les gens ont probablement appelé directement les hôtels pour se renseigner et réserver.»

A lire: Avec la pandémie, davantage de réservations directes pour l’hôtellerie suisse

Parue en 2019, une autre étude réalisée au niveau européen par la société D-Edge chiffrait de son côté la part d’établissements travaillant avec une agence de réservation en ligne à 71%. Créé en 1996 à Amsterdam, le site Booking.com règne en seigneur sur ces terres numériques. Sa part de marché était estimée à 68%.
Clause paritaire controversée

Critiquée pour les commissions qu’elle prélève – de 10 à 25% selon les endroits – mais aussi pour la relation exclusive qu’elle crée avec le touriste, l’agence de voyages numérique n’a pas que des mauvais côtés. En rayonnant loin à la ronde, elle élargit la base de clients potentiels des hôtels. Corollaire de cet avantage, elle rend les établissements captifs: «Si vous n’êtes pas sur Booking, vous n’existez pas. Vous n’êtes plus sur le marché», image Claude Buchs, propriétaire de l’Hôtel Bella Tola et du Grand Chalet Favre, à Saint-Luc.

Au-delà des commissions, la fameuse clause paritaire suscite le courroux des hôteliers. Elle les empêche d’offrir directement au touriste un tarif plus avantageux que celui de la chambre la moins chère proposée sur le site. Jugée illégale en mai par la Cour suprême allemande, cette disposition est combattue en Suisse par une motion. Déposé en 2017 par le conseiller national Pirmin Bischof, le texte a été accepté par le parlement. Un projet de loi a été mis en consultation l’hiver dernier.

Mais le processus prend du temps. Beaucoup de temps, aux yeux des principaux intéressés. En attendant, Claude Buchs a décidé de prendre les devants: «Nous, nous faisons déjà une différentiation au niveau du prix. C’est à-dire que le client qui réserve par Booking va payer plus cher.» Depuis qu’il a introduit ce distinguo, l’hôtelier voit les réservations effectuées sur la plateforme s’amenuiser. «Moi, je n’ai aucun problème avec cette commission de 12% si le touriste préfère passer par ce biais. Mais tout service a un prix.»
A la recherche de nouveaux débouchés

A ce jour, l’intermédiaire numérique n’a pas réagi. Il sait d’ailleurs son temps compté sur ce point. En mai, la Cour suprême allemande a jugé cette pratique indéfendable. Les hôteliers du pays peuvent donc désormais proposer des prix plus attractifs sur leur propre site, ce que Booking persistait à proscrire.

Frappé de plein fouet par la pandémie, le groupe a eu ces derniers mois d’autres chats à fouetter. Le site a annoncé en août 2020 la suppression d’environ un quart de ses postes. Il plancherait aussi sur un élargissement de ses activités, par exemple dans la réservation de transports ou d’attractions touristiques.

En plus de la défiance des milieux hôteliers, il doit aussi se préparer à la concurrence d’un certain Google. «Aujourd’hui, le client peut déjà voir sur le moteur de recherche le prix que lui coûte une réservation en direct. Nous payons une commission, mais elle est beaucoup moins élevée», relève Claude Buchs.

A Martigny, Richard Kuonen s’apprête, lui, à remettre son établissement. Ses filles prendront le relais, «si elles le souhaitent». Et si elles décident de travailler avec Booking? «Aucun problème, tranche le vieux briscard de l’hôtellerie. Chaque génération doit travailler avec sa boîte à outils.»

 europe

Comment l’Europe veut démanteler Booking.
La Quotidienne 12/01/2021.

La Commission européenne via son Community Executive vient de faire savoir qu’elle souhaitait mettre un terme aux grandes plateformes en ligne, notamment les OTA, pour les empêcher d’abuser de leur position dominante et, de ce fait, renforcer la protection des consommateurs.

La commission entend le faire à travers deux propositions législatives qui visent à promouvoir l’émergence de plateformes alternatives et à éliminer les contenus illégaux, en exigeant des OTA en place une transparence maximale.

Bien que les deux modifications n’aient pas encore passé les filtres du Parlement européen et des États membres, elles ont déjà généré un grand optimisme dans un secteur hôtelier de plus en plus dépendant des grandes OTA, principalement Booking.

HOTREC est l’association majeure des hôtels, restaurants, bars et cafés et établissements similaires en Europe. Elle rassemble 44 associations nationales dans 33 pays, et est devenue la voix de l’industrie hôtelière en Europe.

 

 

Montpellier : des hôteliers demandent aux touristes de boycotter Booking
Publié le 01/07/2020
Écrit par Clément Barbet. France info  France 3occitanie.


Plusieurs hôteliers de Montpellier dénoncent le montant des commissions pratiquées par la célèbre plateforme de réservation.

À l'hôtel "Le Guilhem" dans le centre-ville de Montpellier, une chambre sur deux est réservée avec la plateforme internet "Booking.com ". Pour les professionnels du secteur, impossible de se passer de ce "géant du web" devenu incontournable. Pourtant, proposer une chambre sur booking a un coût : en moyenne 17% de commissions sur le prix de la chambre qui s'ajoutent aux charges importantes de fonctionnement : " En moyenne on a 60€ de coûts par chambre " explique Cyrille Charpentier qui gère l'hôtel.

Aujourd'hui on a des chambres vendues 100€ sur Booking qui vont nous rapporter en gros 75€

Cyrille Charpentier

En résumé, sur une chambre vendue 100 euros, il ne reste que 15 euros pour cet hôtelier. Aujourd'hui seulement 9 chambres sur 35 sont occupées. L'activité a bien du mal à redémarrer dans cet hôtel qui fait habituellement le plein au mois de juin : " Faute de clients on a pu rouvrir que le 16 juin" ajoute Cyrille Charpentier.

Aucun geste commercial de Booking.

Malgré la conjoncture, la société Booking continue d'appliquer les mêmes tarifs. Pour protester contre ces commissions qu'ils jugent excessives, 65 hôteliers de Montpellier appellent au boycott de la plateforme pour la saison estivale : " Nous demandons que booking.com fasse un effort sur le taux de commission, on veut qu'ils passent à 10% " explique Camille Galtier qui préside le club hôtelier du Grand Montpellier.

Après un mois de juin catastrophique (seulement 30% des chambres réservées) les hôteliers appellent donc au soutien des clients. Plus que jamais, cet été le bon réflexe c'est de passer directement un coup de téléphone plutôt que de réserver sur internet.

Le reportage d'Olivier Brachard et Benoit De Tugny, France 3 Occitanie.

pochard casabianca
PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

BFM Business

Pourquoi les hôteliers corses boycottent Booking
Elise Bretaud et Nina Godart
Le 17/06/2020.

Estimant trop élevée la commission ponctionnée par la plateforme américaine sur les réservations de nuitées, des hôteliers de l’Ile de Beauté bloquent les réservations via Booking pour cet été.

Si cherchez à réserver sur Booking une chambre d'hôtel en Corse au mois d’août, en particulier dans la baie d’Ajaccio, vous risquez de ne plus trouver grand chose de libre. Pourtant les établissements de l’île sont loin d’être complets à ces dates. C’est pour protester contre la plateforme qu’ils ont bloqué la possibilité de réserver chez eux le deuxième mois d’été.

La cause de leur défiance: la commission que ponctionne Booking sur chaque réservation enregistrée via son site. Selon les hôteliers corses en colère, elle serait de 15% en moyenne. "Depuis dix ans, la commission de Booking ne cesse d’augmenter", déplore Thomas Vincetti, directeur de l’hôtel Fesh à Ajaccio, auprès de BFMTV.

Les hôteliers dénoncent également le manque de solidarité de la plateforme durant le confinement. "La mauvaise gestion de Booking envers les professionnels de l’hôtellerie pendant la crise du Covid-19 nous a poussé à nous rassembler et à mener ensemble la lutte contre cette plateforme", continue le directeur du trois étoiles.

"Nous attendons le respect de nos partenaires et un service qui soit à un coût juste. Pas une relation qui soit totalement unilatérale au profit d’un seul", explique Jean-Baptiste Pieri, directeur de l’hôtel Les Mouettes à Ajaccio, qui mène lui aussi la fronde.

Des commissions à la tête du client

La plateforme de réservations de nuitées est devenue un acteur incontournable du tourisme en France. Actuellement, 40% des réservations en Corse passent par Booking. Jusqu’ici, le groupe néerlandais n’a pas répondu aux demandes des hôteliers corses. Ces derniers préviennent que faute de retour, c’est toute l’île qui pourrait se retirer du site, et même d’autres régions françaises.

Et pour cause: l'île de beauté n'est pas la seule région française à tenter de peser face aux plateformes de réservation en ligne. L'année dernière à la même date, des hôteliers français cette fois du Cap d'Agde avaient tenté de faire plier Booking sur le niveau de sa commission. Quinze des seize établissements de la ville avaient fixé des prix astronomiques de réservation via le site néerlandais pour le mois d'août.

Ils avaient par exemple mis à plus de 1000 euros une chambre où la nuit en coûte normalement une centaine. Le président du club des hôteliers de la ville dénonçait alors les commissions qui varient d'un hôtel et d'une région à l'autre: "17% pour les hôtels du Cap d'Agde, mais 15% pour ceux de La Baule, et 10% pour le groupe Accor", s'insurgeait alors Alain Blouet. Le dénouement de ce bras de fer n'a pas été rendu public.

booking simplante

Le logo de la plate-forme de réservation d’hébergements en ligne, sur un immeuble de Tourcoing (Nord), le 4 octobre 2019. DENIS CHARLET / AFP.

Face à Booking, des hôteliers français tentent le boycott

Le mastodonte de la réservation en ligne, accusé de manquer de solidarité avec le reste du secteur, est confronté à une fronde ayant pour objet la renégociation à la baisse des commissions qu’il perçoit sur les transactions.

Par Clément Guillou.  16 juin 2020. Le Monde

Les commentaires étaient pourtant engageants. Alice, de Belgique, saluait la qualité du « room service ». Richard, de Norvège, appréciait le calme et la proximité du centre-ville d’Ajaccio. Et la note générale, 9 sur 10, promettait un séjour confortable. Las ! Sur Booking.com, le quatre-étoiles Les Mouettes, situé face au golfe d’Ajaccio, n’a plus une chambre de libre en août.

Et pour cause : Jean-Baptiste Pieri, propriétaire de l’établissement, a retiré, comme la quasi-totalité de ses collègues de la ville de Corse-du-Sud, toutes ses chambres de la plate-forme néerlandaise de réservation d’hébergements pour ce mois capital pour l’industrie touristique locale.

« On a été choqués par leur comportement durant le confinement, avance M. Pieri, par ailleurs secrétaire général de l’association des hôteliers du golfe d’Ajaccio. On prend le risque. On demande une baisse pérenne des commissions. On est de toute façon sur une année catastrophique, alors, perdu pour perdu… » Ce risque est calculé : en août, avec leur clientèle française, ils ont de bonnes chances de remplir leur établissement quoi qu’il en soit. Tout comme cette quinzaine d’hôteliers du Cap d’Agde (Hérault) qui, pendant le confinement, ont pris l’initiative de fixer le prix de leur chambre à… 1 000 euros la nuit.

Pas de quoi perturber outre mesure Booking, dont le siège se trouve à Amsterdam, qui n’a d’ailleurs pas réagi aux demandes de renégociation venues de l’île de Beauté. Mais ces actions témoignent de l’ire des hôteliers face au mastodonte de la réservation en ligne, accusé de manquer de solidarité avec le reste du secteur. Contactés, les dirigeants de Booking.com ont refusé nos demandes d’entretien et ont répondu par un message d’ordre général, affirmant entre autres que « Booking.com [avait] pour priorité l’aide et le soutien à ses partenaires, en leur permettant de développer leur marque et leur activité, et en les aidant à remplir leurs chambres tous les jours ».

 

Corse

L'association des hôteliers du Golfe d'Ajaccio regroupent la totalité des hôtels et résidences de tourisme à Ajaccio, et la plupart d’entre eux dans les communes limitrophes - Depositphotos.com gevision .

Traveltech 07/06/2020.

Les hôteliers du Golfe d'Ajaccio claquent la porte de Booking.com
des commissions qui ont doublé en 10 ans.

C'est le ras bol pour les hôteliers du Golfe d'Ajaccio qui viennent de créer une association regroupant la totalité des hôtels et résidences de tourisme à Ajaccio, et la plupart d’entre eux dans les communes limitrophes. Ils en ont assez des conditions "dictées" par les plateformes de réservations en ligne et ont décidé de suspendre leur collaboration avec Booking.

Source d'opportunité à leurs débuts pour les hôteliers, les plateformes en ligne telles que Booking ou Expedia sont devenues incontournables pour les hébergeurs mais également les consommateurs.
Sauf que certains hôteliers en ont assez des conditions "dictées" par ces plateformes et ont décidé de suspendre leur collaboration avec Booking.
Il s'agit de l'association des hôteliers du Golfe d'Ajaccio qui regroupent la totalité des hôtels et résidences de tourisme à Ajaccio, et la plupart d’entre eux dans les communes limitrophes.
Ils mettent en cause la position "oligopole" de ces géants de l'Internet.

"Les hôteliers sont passés en 15 ans d’un écosystème historique, dans lequel ils réglaient des commissions d’environ 10% à des agences de voyage ayant pignon sur rue, payant salaires, loyers, impôts et charges en France ou en Europe, à un nouveau modèle dominé par les plateformes numériques, dans lequel les réservations sont totalement automatisées, ne génèrent aucun emploi ou presque, et où les intermédiaires ne s’acquittent pas, si ce n’est à la marge, des contributions normalement dues par toute entreprise opérant en France et dans l’Union Européenne" explique t-il dans un communiqué de presse alors que "les commissions ont doublé en l’espace d’une décennie, franchissant souvent la barre des 20% !"

Et la crise liée à l'épidémie de coronavirus attise les tensions déjà existante.

"Durant la crise qui nous frappe, les agences de voyage en ligne ne remplissent en rien le rôle qui devrait être le leur, celui de partenaire des hôteliers et d’intermédiaire de confiance pour leurs clients communs.

En particulier, Booking a été aux abonnés absents pour les hôteliers au cours des derniers mois, sauf lorsqu’il s’agissait de faire de l’ingérence malvenue, à son unique profit " indique l'association des hôteliers du Golfe d'Ajaccio.

Elle dénonce :
- La plateforme n’a fait aucun geste, aucune proposition pour soutenir la profession ;

- Booking.com a placé les hôteliers dans des positions inconfortables vis-à-vis de leurs clients, les obligeant à procéder à des remboursements, parfois sans leur demander leur avis, alors même que la loi (Ordonnance du 25 mars 2020) leur permettait de proposer des reports de séjours sans frais et des à-valoir ;

- Dans un contexte économique incertain, elle empêche les hôteliers de décider pleinement de leur politique commerciale, prenant de fait la main sur les conditions de réservation et d’annulation, et leur proposant même d’outrepasser le cadre légal en vigueur, qui offre pourtant une protection substantielle aux consommateurs ;

- Booking.com n’a pas cessé de commercialiser des meublés touristiques alors même qu’un arrêté préfectoral interdisait cette activité en Corse (comme dans de nombreux territoires), en raison du risque sanitaire qu’ils représentaient ;

- La plateforme continue d’ailleurs de mettre largement en avant ces logements, véritables hôtels clandestins pour certains, alors que 80% d’entre eux ne sont même pas déclarés auprès des municipalités, comme la loi les y oblige pourtant ;

- Encore ce jour et durant les dernières semaines, on a pu constater que des résidences sénior (!) y étaient commercialisées à la nuitée pour les touristes de passage, malgré les risques que ce genre de pratique peut représenter pour les résidents permanents de ces structures en période de pandémie.

Suspension de la collaboration avec Booking.

Face à ce constat, l’association attend plusieurs réponses urgentes de la part de la plateforme, à la hauteur des enjeux de la situation :

- Baisse substantielle des commissions pour l’ensemble de ses adhérents ;

- Mise en avant réelle de l’hébergement en règle avec la loi par rapport aux hébergements non-déclarés, ces derniers devant être éliminés des hébergements commercialisés ;

- Respect de la loi et fin de l’ingérence dans les politiques commerciales des hôteliers.

Dans "cette attente déterminée", la totalité des hôteliers et exploitants de résidences de tourisme ajacciens, ainsi que la plupart de ceux des communes limitrophes - membres de l’association - ont décidé de suspendre leur collaboration avec Booking, notamment pour le mois d’août 2020, durant lequel ils ont fermé leurs stocks de chambres et appartements disponibles sur la plateforme.

Les chambres restent disponibles à la réservation en direct auprès des hébergeurs.