Festival d'Avignon

Concept du festival d’Avignon

Chaque été, sous le soleil, la ville se transforme en une gigantesque scène de spectacle vivant. Dans la rue ou dans les théâtres, l’art se déploie partout!

Le centre ville d’Avignon (à l’intérieur des remparts) propose un grand nombre de théâtres dans lesquels sont programmés les spectacles du OFF (pour la plupart des créations).
Les spectacles du festival IN se déroulent dans des lieux de représentation en intra et extra-muros.

Les genres de spectacles proposés sont très variés: humour, jeune public, tous public,…

 

Avignon 2000. Présenté lundi à Paris, le programme du Festival est sans surprise.

festival 2000

 

par René Solis publié le 22 mars 2000 à 23h23

L'an dernier, la direction du Festival d'Avignon avait choisi de supprimer la traditionnelle conférence de presse parisienne de présentation du programme. Changement de cap cette année: artistes et journalistes étaient conviés lundi soir à une «fête de lancement du Festival 2000». Dans un lieu qui se mérite: le Cabaret sauvage, au fin fond du parc de La Villette à Paris. Un kilomètre de marche sous la pleine lune pour parvenir à ce beau chapiteau en dur au bord du canal de l'Ourcq. Fort d'une rallonge de 4,5 millions de francs de la Mission 2000, le 54e Festival affiche un budget supérieur à 54 millions de francs, dans lequel la part des subventions de l'Etat s'élève à près de 20 millions de francs (37% du total), alors que la contribution de la Ville atteint 7,5 millions. Du 6 au 30 juillet, 32 spectacles sont annoncés pour une jauge totale de 160 000 places. Dans la cour d'honneur, Jacques Lassalle mettra en scène Isabelle Hupert dans Médée d'Euripide, avant de laisser la place à Jean-Pierre Vincent pour un Lorenzaccio avec Jérôme Kircher. Parmi les habitués du Festival, on notera la présence de Zingaro, qui présentera Triptyc, nouveau spectacle de Bartabas sur des musiques de Boulez et de Stravinski, créé ces jours-ci à Amsterdam. A la carrière de Boulbon, Philippe Caubère se lancera dans Claudine et le théâtre, deux chapitres inédits du Roman d'un acteur consacrés à l'enfance de Ferdinand. Au gymnase Aubanel, Olivier Py proposera un nouveau marathon (sept heures): l'Apocalypse joyeuse. Tandis qu'au cloître des Carmes, Valère Novarina se penchera sur l'Origine rouge. On relèvera aussi le grand retour de Pascal Rambert, avec Gilgamesh à la Barthelasse. Eric Lacascade présentera une Trilogie Tchekhov (Ivanov, la Mouette, Cercle de famille), dans une Baraque Chabran que l'on espère climatisée. Et Didier Galas imaginera une rencontre France-Japon-Chine autour du théâtre masqué: Monnaie de singe aux Célestins.

Villeneuve accueillera le Footsbarn Travelling Theatre qui revisitera le Revizor de Gogol, et des spectacles signés Jacques Nichet, Laurent Pelly, Michel Didym ou Denis Marleau. Mention particulière pour Genesi, l'extraordinaire spectacle des Italiens de la Societas Raffaello Sanzio donné à Aubanel. Enfin, Iouri Lioubimov, 83 ans, figure historique du théâtre de l'Union soviétique, proposera un Marat-Sade en russe aux Célestins. L'Europe de l'Est assurera d'ailleurs l'essentiel du programme étranger, à travers le projet «Theorem»: huit spectacles, signés souvent de jeunes créateurs venus de Bulgarie, Pologne, Hongrie, Lituanie, Roumanie, République tchèque.

La danse est réduite à la portion congrue. Certes, Pina Bausch ouvrira les bans dans la cour d'honneur, mais avec le Laveur de vitres, une de ses chorégraphies les moins inspirées des dix dernières années. Quant au spectacle d'Alain Platel, Tous des indiens, dans la cour du lycée Saint-Joseph, il relève plus du théâtre gestuel. Reste le Vif du sujet, un petit programme confié à Karine Saporta aux Pénitents blancs. Comme toujours, la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon explorera des écritures contemporaines, le centre Acanthes proposera des concerts et France Culture aura son propre programme. Quant à voir à Avignon, élevé pour l'an 2000 au rang de capitale culturelle européenne, des spectacles de Grüber, Marthaler, Ronconi, Stein, Chéreau, Régy, Forsythe, Sellars ou Wilson, il ne faut pas rêver.

Festival d'Avignon 2001

 festival 2001
MEREUZE Didier,

Qui dira le bonheur du festivalier avignonnais, marathonien du théâtre ? Entre « in » et « off », les spectacles se bousculent, non-stop, du matin jusqu'au soir. A chaque fois, on change de lieu, de langue, de pays, d'univers. On passe de la tragédie à la comédie, du monologue à la pièce pour multiples personnages. Parfois, ce mouvement se fait dans la douceur. Parfois, il se traduit par un choc d'une violence si brutale que l'on se demande si des frontières secrètes n'ont pas été franchies, si l'on est bien dans le même festival.

Ainsi, lorsqu'on quitte le Bérénice exigeant et sévère mis en scène par Frédéric Fisbach à Benoît-XII, pour se retrouver à l'Usine Volponi face au Boris Godounov proposé par Declan Donellan. Annoncée comme un « événement » de cette 55e édition, cette création laisse pantois, au point qu'à l'issue de la représentation, à minuit passé, on s'interroge pour comprendre ce que l'on faisait là...

De l'esbroufe, de l'attendu, du « vieux » jeune

Pourtant, sur le papier, tous les atouts semblaient réunis : l'oeuvre est forte et belle. Inspirée des « temps troubles » de la Russie, elle plonge dans le passé pour conter le récit d'une double usurpation : favori du tsar, Boris Godounov succède à ce dernier après avoir assassiné l'héritier légitime, Dimitri ; moine en rupture de monastère, Grigori Otrépiev se fait passer pour le prince Dimitri miraculeusement rescapé et ravit à son tour le trône...

En France, on en connaît essentiellement la version lyrique à travers l'opéra de Moussorgsky. La découverte du drame originel écrit par Pouchkine ne pouvait donc que séduire, d'autant que le metteur en scène apparaissait de confiance. On se souvient encore du Cid joyeusement iconoclaste que Declan Donellan avait présenté à Avignon avec une distribution française, dont un acteur noir pour interpréter le rôle-titre...
Las, installée ici sur un plateau nu bordé des deux côtés par le public, cette chronique tragique ne quitte jamais les voies de l'anecdote et du pittoresque. Par-delà les interrogations profondes affichées dans le programme distribué à l'entrée, tout n'est qu'effets malins, calcul savant. Le poncif est roi. L'érotisme de pacotille est de rigueur, de même que la violence gratuite _ ah, la séquence de l'interrogatoire « musclé » ! Tout aussi lourd est le déplacement de l'action _ censée se passer à la charnière des XVIe et XVIIe siècles _ dans la Russie actuelle de Poutine dont Godounov n'est que le clone apparent ! Dès lors, tout le talent des comédiens russes réunis sur la scène se révèle vain. Qu'il s'agisse d'Alexandre Feklistov (Boris Godounov), Evgueni Mironov (le faux Dimitri), d'Avangard Leontiev (le prince Chouïski) ou d'Irina Griniova (Marina)... On est dans le domaine de l'esbroufe, de l'attendu, du « vieux » jeune.

Festival d'Avignon 2002

festival 2002

Avignon pas si parisien par René Solis ublié le 17 juillet 2002

C'est un livre sérieux ­ six ans d'enquête ­ et rigolo malgré un intitulé plutôt rébarbatif : Avignon, le public réinventé. Le Festival sous le regard des sciences sociales. Une maquette de thèse de troisième cycle, et des photos couleur mal imprimées, comme si l'administration ­ en l'occurrence le Département des études et de la prospective du ministère de la Culture, qui a soutenu cette enquête et sa publication ­ avait tenu à faire moche.

Ce n'est pas grave, tant le livre se révèle une mine d'informations et de révélations. «Le regard des sciences sociales» est celui d'une équipe de chercheurs, animée par Emmanuel Ethis, directeur de département à l'université d'Avignon, pour qui la sociologie est aussi une activité ludique qui n'étouffe pas les individus sous les statistiques.

«Sociogrammes». Dans Libération, en 1996, on avait pu se faire une idée de la démarche d'Emmanuel Ethis et de ses collègues, à travers une série de «sociogrammes», courts portraits de festivaliers publiés dans une colonne intitulée «En quête du spectateur», et choisis pour leur singularité et non pour leur profil ­ sexe, âge, profession...

Cette volonté de donner à l'enquête de la couleur, des visages et des voix se retrouve dans d'autres chapitres du livre. Ainsi, cette transcription, par Jean-Louis Fabiani, du premier quart d'heure d'un débat organisé par le Cemea (1) dans la cour du lycée Saint-Joseph, le 19 juillet 2001, où les spectateurs sont invités dès le départ à prendre la parole. Attentif à tout noter, y compris les attitudes ou les commentaires en aparté, le sociologue élabore le portrait aussi précis que drôle d'un groupe «pétri de bonne volonté culturelle», écrit-il, citant Bourdieu. Ce côté vivant et forcément subjectif n'est heureusement pas contradictoire avec la rigueur méthodologique appliquée à une démarche «quantitative de terrain».

Questionnaire. Chaque année entre 1997 et 2001, près de 2 500 spectateurs ont été sondés au travers d'un questionnaire passant en revue leurs goûts, leurs motivations, leurs habitudes, leur mode de fréquentation du festival, in ou off. Les résultats, égrenés dans des tableaux au fil des pages, alternent entre surprises et confirmations.

Nul ne s'étonnera ainsi d'apprendre que les ouvriers fréquentent très peu le festival (moins de 1 % des spectateurs, alors qu'ils représentent 14 % de la population) tandis que les enseignants, étudiants et professions intellectuelles sont sur représentés : 55 % du total, plus de 60 % des spectateurs affichant un niveau d'études supérieur à bac + 2.

En revanche, une idée reçue est démentie : celle d'un festival «pour les Parisiens». Les Avignonnais, qui forment 25,9 % du public sont plus nombreux que les habitants de l'Ile-de-France (23,2 %). Ils sont 36,3 % à venir des autres régions et 6,7 % d'un pays étranger. Impossible de ne pas relever enfin que, dans les salles du festival, prennent place presque deux fois plus de femmes que d'hommes.

Festival d'Avignon 2003

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 Sous la pression, Avignon jette l'éponge

Après la reconduction de la grève des intermittents au 57e Festival d'Avignon, mercredi 9 juillet, le directeur de la manifestation, Bernard Faivre d'Arcier, devait tenir une conférence de presse jeudi à midi. Dans un entretien au "Monde", il annonce sa décision : l'annulation de l'édition 2003 du festival.
Le Monde

Vous avez pris aujourd'hui la décision d'annuler définitivement le festival. Pourquoi ?

Après trois jours, je constate que le festival ne peut plus avoir lieu normalement. Dix-sept représentations ont déjà été annulées. Il faudrait un renfort technique exceptionnel pour assurer celles qui sont prévues dans les jours à venir. J'ai toujours dit que le festival ne pouvait se tenir si trois conditions n'étaient pas remplies : que la relation au public ne soit pas dépréciée, que les spectacles soient présentés dans les conditions souhaitées par les équipes artistiques qui les ont conçus, et qu'il n'y ait pas de violence menaçant la sécurité.

Pensiez-vous que le mouvement des intermittents serait aussi dur ?

Non. Il m'a surpris, comme tout le monde. Je connais bien le problème pour l'avoir affronté il y a dix ans ici même. J'étais alors directeur du théâtre et des spectacles au ministère de la culture, et Alain Crombecque dirigeait le festival. Les intermittents ont occupé la cour d'honneur, mais nous avons pu trouver une solution, en négociant la prorogation du régime d'indemnisation-chômage. Aujourd'hui, la situation est tout à fait différente parce que les festivals ont commencé juste après la signature du protocole, le 27 juin.

Comment avez-vous réagi à cet accord ?

Dès le 29 juin, je publiai un texte dans Le Monde. Le 30, lendemain de l'annulation de Montpellier-Danse, j'ai réuni dans la matinée, à Marseille, les directeurs des festivals d'Uzès, d'Aix et de Marseille. L'après-midi, j'ai sauté dans un train, avec Stéphane Lissner, pour aller voir le ministre de la culture à Paris.

Comment a réagi Jean-Jacques Aillagon ?

Il nous a expliqué les bienfaits de l'accord. Personne ne semblait alors s'alarmer, parce que tout le monde pense que le Festival d'Avignon est insubmersible. Même en 68, il n'a pas été interrompu, malgré les très fortes perturbations.

Très vite, la situation s'est durcie à Avignon. Quelle a été l'attitude du maire de la ville, Marie-Josée Roig ?

Elle a senti que la situation était grave. Mais elle voulait faire croire aux Avignonnais, en particulier aux commerçants, que le festival pouvait encore avoir lieu.....

Festival d'Avignon 2004

festival 2004
MEREUZE Didier,

En faisant le pari de la confrontation entre divers univers (à commencer par celui de l'artiste associé, Thomas Ostermeier), Hortense Archambault et Vincent Baudrillier, les nouveaux directeurs du Festival, ont réussi une édition riche de plaisirs et d'enseignements. Sur un thème solidement tenu - la place de l'individu dans une société néolibérale aux lendemains qui ne chantent pas -, des corrélations ou des contradictions entre les différentes manières de mettre en scène le monde d'aujourd'hui au théâtre se sont dégagées avec une évidence qui, ailleurs, n'aurait jamais été aussi nette.

Ainsi, entre Allemands et Français. De Cocaïne, présenté par Franck Castorf, à Woyzeck et Maison de poupée, revisités par Thomas Ostermeier, on a vu les Allemands s'appuyer avec une sophistication extrême sur le pouvoir de l'image, considérant essentiellement le texte comme un simple matériau à l'égal de la vidéo ou du décor. Les Français, plus respectueux du texte, se sont plus reposés sur une épure proche parfois du dénuement, ainsi qu'en ont témoigné Homme pour homme, proposé par Bernard Sobel, ou Peer Gynt, installé par Patrick Pineau dans la cour d'honneur.

Dans le même temps, des liens inattendus se sont révélés. Qui aurait pu songer, a priori, qu'au Groundings de Christoph Marthaler, dénonçant en chantant le cynisme des conseils d'administration, répondrait avec autant de justesse, le Daewoo de François Bon et Charles Tordjman, racontant les travaux et les jours de femmes licenciées de grandes entreprises en faillite ou en délocalisation ?

Certains festivaliers ont été déconcertés par ces choix, ne cachant pas leur nostalgie des « grands spectacles » avec « grande vedette » dans la cour. Ils regrettaient la tradition qui s'était peu à peu imposée au fil des ans de faire d'Avignon une vitrine de l'état du théâtre où l'on ne pouvait voir que ce qui se faisait de mieux en France et dans le monde.

Outre que ces regrets reposent sur un désir vain aujourd'hui, au regard de la concurrence des programmations des théâtres et d'autres festivals tout au long de l'année, ils ne sont pas justes. Plus que d'autres, cette édition aura été fertile en découvertes et émotions. Découvertes d'artistes « étrangers » essentiels et jusque-là inconnus en France : le Flamand Luk Perceval avec Andromak, le Hollandais Johann Simons avec Deux voix, d'après Pasolini, ou La Chute des dieux, d'après Les Damnés de Visconti. Émotions de nuits de théâtre sous les étoiles avec un Peer Gynt de quatre heures dans la cour d'honneur ou les Leçons de poétiques de Thierry Bédard et Reza Bahareni, alors que de grands acteurs, même s'ils n'étaient pas des « stars », bouleversaient les plateaux : l'Allemande Anne Tismer dans Maison de poupée et Concert à la carte, Denis Lavant dans Homme pour homme, Éric Elmosnino dans Peer Gynt.

Sur 123 000 places disponibles, 98 000 ont été vendues, assurant un taux de remplissage de 80 %, quand il était de 83 % lors de l'édition de 2002. Le résultat, au regard des paris faits, n'est pas mauvais, d'autant plus que doit s'ajouter à ces chiffres celui des 10 000 spectateurs invités à suivre « gratuitement » les représentations de spectacles de rue et les expositions.

Un an après la crise qui avait conduit à son annulation l'an dernier, le festival, cette fois, se sera déroulé sous le signe de la paix retrouvée. Ce n'est pas un mince exploit de la part de la direction du festival qui a su laisser entendre, comme il se devait, la parole des intermittents : chaque soir, sur chaque programme, deux textes signés respectivement par les équipes des spectacles et la direction du festival, réaffirmaient l'attachement au service public et la nécessité de renégociation du système de l'indemnisation du chômage.

Festival d'Avignon 2005

festival 2005

2005, l'année de toutes les polémiques, l'année de tous les paradoxes

Hortense Archambault et Vincent Baudriller, les deux directeurs du Festival, ont présenté le bilan de la 59e édition de cette manifestation qui a provoqué tumultes et débats.Par Fabienne Darge et Brigitte Salino Publié le 27 juillet 2005.

"Je suis le chevalier du désespoir" : cette phrase de L'Histoire des larmes, le spectacle du Flamand Jan Fabre qui a fait l'ouverture du 59e Festival d'Avignon dans la Cour d'honneur du Palais des papes, le 8 juillet, a fait sourire dans les rues d'Avignon. Etait-elle prophétique ? De l'avis général, on avait rarement vu ça. Une telle "polémique", une telle "querelle", une telle "bronca". Une telle contestation, portant à la fois sur les choix esthétiques opérés par les deux directeurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, et par Jan Fabre, artiste associé de cette édition, et sur la violence, le vide et l'absence de sens qui se sont exprimés dans certains spectacles.

De ce point de vue, cette édition, qui se termine le 27 juillet, restera sans doute dans les annales par le nombre d'éditoriaux et de commentaires dans les médias. Avignon en a pourtant accumulé un certain nombre depuis 1968. Il faudra du temps, sans doute, pour arriver à comprendre ce qui s'est vraiment passé dans ce Festival. Mais on peut déjà analyser certains éléments. Le premier étage de la fusée est constitué par une polémique lancée, bien avant l'ouverture du Festival, par certains médias, Le Figaro et Le Nouvel Observateur en tête : ils contestent le choix de Jan Fabre comme artiste associé et la "radicalité" que ce choix entraînerait.

Le deuxième étage est lancé dans les premiers jours du Festival : parmi les premiers spectacles présentés, beaucoup sont faibles sur le plan artistique (à commencer par L'Histoire des larmes, de Jan Fabre) ou reflètent la violence du monde contemporain sans médiation et sans véritable réflexion, comme Puur, de Wim Wandekeybus.

La mèche est allumée. Avignon s'échauffe. Tout le monde a un avis à donner, les spectateurs compris qui vont, dans ce Festival, se manifester haut et fort, faisant dire au ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, quand il réunit quelques journalistes de la presse écrite le 22 juillet, que, "pour le public, les lignes jaunes ont explosé".

Les chiffres de fréquentation, pourtant, ne sont pas mauvais. Meilleurs qu'en 2004 : 110 000 billets ont été délivrés sur 129 000 mis en vente, auxquels il faut ajouter les 13 000 entrées aux manifestations gratuites (débats, performances...), ce qui représente globalement un taux de remplissage de 84 % (82 % en 2004). "Et cela avec un faible taux (12 %) d'invitations, précise Hortense Archambault. Au Festival, seuls les journalistes sont invités à tous les spectacles. Les professionnels, eux, ont droit à deux invitations pour l'ensemble du Festival. Pour le reste, ils payent leurs places, au tarif professionnel." Vincent Baudriller se dit aussi "fier d'avoir vu passer le nombre de tarifs jeunes (moins de 25 ans et étudiants) de 7 % à 9 %".

Alors, même si le bilan critique n'est pas très bon, ce Festival restera comme un moment important de l'histoire d'Avignon, parce que révélateur. Il témoigne d'une perte de repères idéologiques (à travers une reproduction brutale et inconséquente de la violence) et esthétiques (à travers une recherche formelle qui puise dans l'avant-garde des années 1960-1970 sans parvenir à la revivifier).

LE THÉÂTRE, FORCE ET LÉGITIMITÉ

Cette perte de repères s'accompagne d'une confusion qui décalque celle du monde dans lequel nous vivons. On a vu à Avignon des artistes qui ne savent plus où ils en sont, au point d'en devenir touchants ou exaspérants, et un public qui s'interroge sur sa place et son rôle.

Ce sont les noyaux les plus symboliques de la programmation qui ont posé le plus problème. Sur les quatre spectacles présentés par l'artiste associé de l'édition, Jan Fabre, un seul ­ Je suis sang ­ a véritablement marqué.

La Cour d'honneur a aussi été au centre des polémiques. Non parce qu'aucune pièce de théâtre n'y était programmée, mais parce que, sur les trois spectacles qui y ont été présentés (mise à part la très belle et unique soirée Apollinaire-Trintignant du 22 juillet), deux ont déçu (L'Histoire des larmes et Frères & soeurs, de Mathilde Monnier).

Ce n'est pas le moindre paradoxe de cet Avignon, qui en aura compté beaucoup, que d'avoir à la fois autant rempli et autant vidé les salles. Et que le théâtre y ait montré sa force, sa pertinence et sa légitimité, dans cette édition dédiée aux "poètes de la scène" et axée sur la danse et les formes "transversales". Le théâtre qui a offert beaucoup de spectacles parmi les plus intéressants avec La Vie de Galilée de Brecht et La Mort de Danton de Büchner mises en scène par Jean-François Sivadier, Les Vainqueurs écrits et mis en scène par Olivier Py, Hamlet mis en scène par Hubert Colas ou Kroum d'Hanokh Levin mis en scène par Krzysztof Warlikowski. Alors que la large part consacrée à la performance offrait une autre façon, passionnante, d'être spectateur.

LIMITES ET FRONTIÈRES

Et certains spectacles comme Le Cas de Sophie K., de Jean-François Peyret et Luc Steels, ont prouvé que l'on pouvait employer un "langage scénique" ultracontemporain sans s'éloigner d'une recherche de sens et de réflexion. Quant à la plus jeune des artistes invités par ce Festival, Gisèle Vienne, âgée de 29 ans, elle a démontré que l'on pouvait se situer à la croisée de plusieurs disciplines, s'attaquer à des choses difficiles (le fantasme, le passage à l'acte) et avoir un véritable propos.

Hortense Archambault et Vincent Baudriller s'affirment fiers de ce Festival qui "aura interrogé les limites et les frontières du théâtre". Les attaques qu'ils ont subies n'ont pas porté. Renaud Donnedieu de Vabres, lors de son passage à Avignon, vendredi 22 juillet, a réaffirmé qu'il était là pour "garantir leur fonction" et qu'il "n'interviendrait jamais sur l'indépendance et le contenu artistique". Cependant, le ministre se réserve le droit de "travailler en liaison étroite avec eux pour la célébration du soixantième anniversaire", et il "veillera au maintien de certains équilibres".

En 2006, c'est le chorégraphe Josef Nadj, originaire de Voïvodine, en ex-Yougoslavie, et installé depuis 1980 en France, où il dirige le Centre chorégraphique national d'Orléans, qui sera l'artiste associé du Festival. Une édition hautement sensible donc puisqu'elle sera celle du soixantième anniversaire de l'institution créée par Jean Vilar. Avec Nadj, c'est une personnalité très différente de celle de Jan Fabre qui donnera sa couleur au Festival, à travers l'amour des livres et la culture de la Mitteleuropa.

Le chorégraphe a d'ailleurs livré, avec Last Landscape, un des moments forts de ce Festival 2005. Avec Hortense Archambault et Vincent Baudriller, il a déjà annoncé, mardi 26 juillet, quelques éléments de la programmation d'Avignon 2006. Bartabas, Alain Françon, Arthur Nauzyciel, Anatoli Vassiliev et François Verret, notamment, signeront des créations. Autant dire que l'avenir n'a aucune raison d'être noir.

Festival d'Avignon 2006

festival 2006
MEREUZE Didier,

Au Monde est ancré dans une famille de grands industriels. Sous le même toit, un père patriarche et ses enfants : deux garçons et trois filles, dont l'une, adoptée, porte le nom de la fillette décédée qu'elle « remplace ». Il y a aussi un gendre et une « employée » qui se rêve chanteuse populaire. La façade du luxe et de la puissance cache mal le trouble des rapports, de l'ambiguïté des sentiments, exprimés en mots simples mais qui, parfois, se perdent, laissant les phrases en suspens.

Avec Les Marchands, qui ramène vers des milieux plus populaires, l'écriture est plus radicale : la pièce est construite comme un monologue sur le mode du « flash-back ». Sur scène, les comédiens interprètent leurs rôles dans un étrange ballet muet, tandis qu'une femme, présente à leurs côtés, raconte, en voix « off », l'histoire de son amie. Cette femme est ouvrière en usine. Son amie ne fait rien. Locataire d'un appartement somptueux, elle se soucie peu des menaces d'expulsion : pour elle, la vie réelle n'est pas sur terre mais dans un au-delà avec lequel elle entre en contact. Lorsque l'usine où est employée la narratrice est menacée de fermeture, les voix de son père et de sa mère lui conseilleront d'offrir la vie de son fils en sacrifice, pour éviter la catastrophe.

Comme dans Au monde, on est au-delà du bien et du mal, perdu dans les méandres de la solitude et du désoeuvrement, prisonnier de la difficulté de trouver sa place dans l'univers, et du poids des liens familiaux. On s'égare dans des zones rendues plus incertaines par l'espace du plateau : une boîte noire, une table anonyme et deux chaises, alors que les éclairages, passant du noir opaque à la lumière incandescente, créent, en permanence, une atmosphère de clair-obscur, comme dans un film en noir et blanc. C'est particulièrement vrai dans Les Marchands, où les personnages se découpent en ombres chinoises.

D'une pièce à l'autre, les comédiens sont les mêmes : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Jean-Claude Perrin, Marie Piemontese, Ruth Olaizola... Tous rompus à l'écriture de Pommerat et ses complices depuis longtemps. Transcendant, par leur jeu et leur seule présence, la banalité des existences pour atteindre l'essence de la tragédie.

Festival d'Avignon 2007

festival 2007

A Avignon, les spectacles spirituels s'invitent dans le « off »

Parmi les quelque 900 propositions du festival « off » d'Avignon, plusieurs édifices religieux proposent une programmation spirituelle
La Croix

Lorsqu'il est venu pour la première fois à Avignon en 1997 avec Les Fioretti de François d'Assise, Francesco Agnello avait senti une « attente » en matière de spectacles à dimension catholique. « Je suis allé voir le P. Robert Chave, qui avait déjà commencé à semer des graines dans le domaine de la présence spirituelle pendant le festival (1). Je me suis installé à la chapelle Saint-Louis et les quatre premiers jours, nous avons réalisé une opération «portes ouvertes». L'affluence a lancé le bouche-à-oreille ! »

Comme pour n'importe quelle troupe qui tente sa chance parmi les 900 propositions du « off », le principal défi des spectacles religieux est d'éviter la malédiction du gradin vide. Les directeurs de lieux ou les comédiens ne s'en cachent pas : durant les premières représentations, il n'est pas rare de compter les spectateurs sur les doigts de la main

Jean-Paul Lucet parle ainsi d'un « acte gratuit » pour éclairer le sens de sa présence à Avignon : l'ancien directeur du Théâtre des Célestins à Lyon propose une version en solo du Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, habituellement interprété par trois comédiennes, dont Françoise Seigner. « Mon seul désir est de transmettre le texte, insiste-t-il. C'est là sans doute une forme d'évangélisation »

Francesco Agnello explique aussi que ses ambitions ne sont pas mercantiles. Pour la septième année, Le Prophète de Khalil Ghibran, qu'il interprète avec Michel Le Royer, est à l'affiche de la chapelle de l'Oratoire, dans l'une des rues principales de la Cité des papes. Francesco Agnello s'acquitte d'une «petite location symbolique», au même titre que les autres compagnies qui se succèdent ici.

«Défendre une ligne de qualité»

La notoriété du texte et du comédien principal - ancien sociétaire de la Comédie-Française - expliquent sûrement le bon taux de fréquentation (entre 50 et 80 personnes par jour sur 104 places). En outre, une vingtaine de dates de tournée se concluent généralement durant les trois semaines du festival, à raison de 3 000 euros le spectacle. Une performance respectable dans un contexte concurrentiel où l'objectif est aussi de trouver des diffuseurs.

Originaire de Suisse où il dirige un centre culturel, Jean Chollet espère bien que son Évangile pour les Nuls séduira quelques acheteurs. Pour la première année, il s'est vu confier la programmation du temple Saint-Martial.

Contre la réfection complète de la cage d'escalier du temple, il a obtenu de ne pas payer de location. Et il a chargé dans une fourgonnette le matériel qu'il utilise dans son théâtre en Suisse. « Dans tous les domaines, je tiens à défendre une ligne de qualité », précise-t-il. Faut-il y lire une allusion à la faible exigence artistique de certains spectacles à dimension chrétienne ?

Comédien catholique revendiqué, ce qui ne l'empêche pas de jouer en alternance un spectacle de clowns, Damien Ricour se fait le chantre passionné d'une réelle ambition. Avec humour, il confie ne pas s'être donné, l'an dernier, tous les moyens de faire salle comble avec Le grand retour de la petite Thérèse.

« J'avais la trouille de jouer ça dans le «off» et je n'ai pratiquement pas distribué de tracts. » Résultat : huit spectateurs de moyenne « Cette année, j'ai choisi de jouer Comment j'ai mangé mon père à la chapelle de l'Oratoire. »

Dès le quatrième soir, Damien Ricour a fait le plein. Il compte bien s'appuyer sur ce succès pour revenir l'an prochain avec un spectacle authentiquement spirituel. « De toute façon, cette dimension est déjà présente dans le festival «in». Regardez Valère Novarina, invitée cette année dans la Cour d'honneur. Il affiche clairement sa foi et annonce l'Évangile comme personne. C'est un auteur de cette pointure que l'Église devrait inviter dans le «off» ! »

Festival d'Avignon 2008

festival 2008

Avignon 2008, un millésime de grand cru

À la veille de sa clôture officielle, cette 62e édition du festival restera comme celle de l'exigence et des grandes émotions

La Croix

Inferno dans la cour d'honneur, Partage de midi à la carrière Boulbon, Ordet au cloître des Carmes, Je tremble de Joël Pommerat au Théâtre municipal, Wajdi Mouawad (le prochain « artiste associé ») au gymnase Aubanel, le Théâtre du Radeau au lycée Mistral Alors qu'elle n'est même pas encore achevée (elle se terminera officiellement samedi soir, tandis que le « Off » continuera jusqu'au 2 août), cette 62e édition du Festival d'Avignon se classe déjà parmi les grands crus de son histoire. L'excellence aura été sa règle.

Les grandes émotions aussi. Le sentiment est général. Dans les rues comme dans les salles où les spectateurs n'ont cessé de se presser. Ils auront été 125 000 cet été (dont 14 % âgés de moins de 25 ans), battant le record de fréquentation de l'an dernier avec un taux de remplissage passé de 93 à 95 %. Devant l'affluence, le festival a dû organiser des représentations supplémentaires : trois pour Purgatorio (chacune réunissant 700 spectateurs), six pour Soeurs et frères, le travail de sortie d'école proposé par la dernière promotion des élèves de l'Erac (École régionale d'acteurs de Cannes). Les débats ont fait le plein. Lors de la rencontre avec l'Allemand Ostermeier, la cour de l'École d'art, malgré ses 600 places, s'est révélée trop petite !

Dans son bureau de l'Hospice Saint-Louis, Vincent Baudriller arbore un sourire heureux. D'un abord habituellement réservé, le codirecteur du Festival, avec Hortense Archambault, ne cache pas sa joie. D'autant que le programme de cette année était plus « risqué » que celui de l'an dernier, du moins sur le papier. Outre que sur les 37 spectacles proposés, 25 ont été créés pendant le festival (« Or, précise-t-il, on ne peut jamais être sûr du résultat à l'avance. »), les succès de La Divine Comédie revisitée par Romeo Castellucci, d' Ordet jamais porté sur une scène française avant Arthur Nauzyciel, ou de Feux créé par Daniel Jeanneteau à partir d'un auteur à l'écriture improbable et quasi inconnu dans l'Hexagone, n'étaient pas le fruit de décisions faciles.

L'équilibre entre les genres et les styles a été particulièrement respecté

« L'accueil que leur a réservé le public, se félicite Vincent Baudriller, démontre qu'il est possible de défendre un théâtre exigeant sans faire appel à des vedettes ou à des personnalités médiatiques. Contrairement à ce qu'on laisse trop souvent entendre, les spectateurs ne sont pas rebutés par les oeuvres difficiles, la recherche. Ils viennent à Avignon pour faire des découvertes, vivre des expériences. L'État, qui s'interroge sur son engagement en faveur d'un théâtre public d'art et de création, devrait y réfléchir. »

Il est vrai aussi que, cette année, l'équilibre entre les genres et les styles a été particulièrement respecté. Chacun a pu y trouver son compte, amateur d'un théâtre du verbe avec Partage de midi, de l'émotion sensible avec La Pesca de l'Argentin Bartis, de visions poétiques avec le Théâtre du Radeau ou de laboratoire avec Das System mis en scène par Stanislas Nordey. Les thèmes abordés ont été affirmés avec une insistance particulièrement forte, qu'ils soient d'ordre politique, en confrontation avec l'Histoire, avec Wolfskers et Atropa du Flamand Guy Cassiers, ou spirituel. La question du sens de l'existence a dominé en permanence, de La Divine comédie au Partage de midi, en passant par Ordet, voire par Je tremble

Vincent Baudriller explique cette densité et cette ouverture par la présence, cette année, de deux artistes associés : Valérie Dréville et Romeo Castellucci. Avec Partage de midi et La Divine Comédie, ils ont donné sa couleur au festival. Mais leur apport essentiel est le fruit du dialogue entretenu en permanence en amont avec la direction du festival, durant toute l'année. Se refusant d'entrée à jouer les programmateurs - ils ont abandonné ce soin à Vincent Baudriller et Hortense Archambault -, Valérie Dréville et Romeo Castellucci n'en ont pas moins apposé leur marque, ouvrant des pistes, dégageant des perspectives, alimentant la réflexion dans un climat de complicité dont a témoigné l'un des temps les plus forts du festival : la lecture exceptionnelle de La Divine Comédie dans la cour d'honneur. Elle a été proposée et réalisée à l'initiative de Valérie Dréville. Romeo Castellucci a collaboré à la dramaturgie et à la bande-son.

L'an prochain, cependant, il n'y aura à nouveau qu'un seul artiste associé : Wajdi Mouawad. « Personnalité riche et complexe », comme le définit Vincent Baudriller, il est à la fois auteur et metteur en scène, québécois et libanais De quoi ouvrir des pistes nouvelles, alors que, déjà, se murmure le nom de metteurs en scène appelés à être présents lors de l'édition 2009 : Joël Jouanneau et Claude Régy, dont l'unique présence dans le festival date de 1978.

Festival d'Avignon 2009

festival 2009

Quatre sommets artistiques pour marquer un Festival d'Avignon contrasté

Succès public, la 63e édition de la manifestation a été critiquée dans la profession. Un malaise à l'image du monde décrit sur les plateaux.

Par Fabienne Darge Publié le 29 juillet 2009

C'est un drôle de Festival d'Avignon qui s'achève, ce mercredi 29 juillet. Il n'a pas suscité de polémique violente, comme en 2005. Ce n'est pas une réussite éclatante, comme en 2008.

Mais il n'est pas non plus aussi décevant que certains, dans la profession notamment, ont bien voulu le dire : cette 63e édition se révèle intéressante, troublante à certains égards, et finalement plus variée, sur le plan artistique, que d'autres qui faisaient du théâtre de performance l'alpha et l'oméga de la création contemporaine. Si ce festival 2009 laisse un sentiment un peu étrange, c'est qu'Avignon, comme toujours, offre "un miroir de la réalité que nous traversons", comme l'a souligné, lundi 27 juillet, l'invitée surprise de la conférence de presse de clôture, Leïla Chahid. La déléguée palestinienne auprès de l'Union européenne a trouvé dans ce festival "une réflexion d'une force extraordinaire sur le monde dans lequel nous vivons", soulignant que "le discours poétique et théâtral a beaucoup plus de subtilité et d'épaisseur", aujourd'hui, qu'un "discours politique appauvri".

Avignon 2009 a été en effet, plus que jamais, le reflet d'un monde où les repères traditionnels se sont effondrés, et qui en cherche d'autres, en tâtonnant. Témoignant de l'atomisation des formes et des points de vue provoquée par cet effondrement, cette édition est en tout cas, comme les précédentes, un succès en termes de fréquentation : 125 000 billets ont été vendus sur 133 000 proposés, soit un taux de 94 %.

Sur le plan artistique, on est loin de la catastrophe dénoncée par certains. Ce festival a offert un nombre raisonnable de beaux spectacles, et quatre sommets, ce qui n'est déjà pas mal. Un chef-d'oeuvre et une grande pièce politique, d'abord, avec le Riesenbutzbach. Eine Dauerkolonie ("Riesenbutzbach. Une colonie permanente") du Suisse Christoph Marthaler. Un moment de pure beauté, âpre, essentielle, ensuite, avec El Final de este estado de cosas, redux, offert par le danseur andalou Israel Galvan dans la somptuosité brute de la carrière de Boulbon.

RÔLE CRITIQUE

Un choc esthétique et réflexif, encore, dans la Cour d'honneur, avec (A)pollonia et un Krzysztof Warlikowski qui poursuit sa réflexion sur le tragique de l'Histoire avec une puissance formelle de plus en plus magistrale. Un aboutissement, enfin, de tout le travail de Claude Régy sur le théâtre comme poème, avec Ode maritime, de Fernando Pessoa. Et si l'odyssée de onze heures proposée par l'artiste associé de cette édition, l'auteur-metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad, n'atteignait pas ces sommets, elle a charrié nombre de moments forts et bouleversants, et suscité un passionnant débat sur le récit.

Dans son sillage, des spectacles très réussis, souvent dans des petites formes : Photo-romance, des Libanais Lina Saneh et Rabih Mroué, Les Inepties volantes, du Congolais Dieudonné Niangouna, ou, dans un autre style, La Menzogna, de l'Italien Pippo Delbono, et Une fête pour Boris, de Thomas Bernhard, mis en scène par le Québécois Denis Marleau.

Alors, malgré le ratage retentissant du spectacle d'ouverture orchestré par le cinéaste israélien Amos Gitaï, Leïla Chahid a raison : en Avignon, le théâtre joue son rôle critique, quand celui-ci a été abandonné par nombre d'autres instances. Notamment sur la crise qui, pour ces artistes, est anthropologique et politique plus qu'économique. En 2010, les artistes associés seront Christoph Marthaler, maître incontesté du théâtre européen, et l'auteur français - et résolument moderne - Olivier Cadiot.

Le ciel pourrait être serein, s'il n'était plombé par les acrobaties budgétaires de plus en plus risquées pour boucler les productions. Et par la campagne de candidature qui commence pour la direction du festival. Le deuxième mandat de Vincent Baudriller et Hortense Archambault prend fin en 2011. Une clause particulière leur interdit de se représenter. Qui sera le prochain pape d'Avignon ? La course est ouverte.

Festival d'Avignon 2010

festival 2010

Avignon, des pains sur les planches

Le Festival suscite la polémique, autant pour des motifs politiques qu’en raison d’une programmation atypique.

publié le 24 juillet 2010  René Solis

Spectacle d’ouverture sifflé dans la cour d’honneur, commentaires au vitriol sur «l’élitisme» de la manifestation, le Festival d’Avignon, qui s’achève mardi, n’aura pas dérogé à une tradition polémique qui dure depuis… 1947, l’année de sa création. Pas une édition sans spectateurs déçus, sans bagarres entre traditionalistes et innovateurs, ou entre Avignonnais et Parisiens. Depuis Jean Vilar, la ligne n’a guère changé : le Festival est un lieu de création et de découvertes, bien plus qu’un sanctuaire du patrimoine. Mais la querelle des anciens et des modernes s’y rejoue tous les ans.

La programmation 2010, avec sa quasi-absence de pièces du répertoire, ses adaptations de textes non théâtraux, ses performances, ses spectacles de danse, sa présence de nombreux artistes peu connus, avait préparé les bâtons pour se faire battre. «Avignon cultive ses manies», titrait le Figaro à la veille de l'ouverture. Au final, on est resté loin de la virulence de 2005, quand plusieurs personnalités éminentes - dont Régis Debray - dénonçaient l'abandon du «théâtre de texte». En fait, l'enjeu véritable de la querelle est peut-être bien politique, et tourne autour du renouvellement ou non du mandat des deux directeurs, qui s'achève en 2011.

Retour sur le film des événements. Mercredi 7 juillet, 22 heures : dans la cour d'honneur du palais des Papes, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, est venu assister au spectacle d'inauguration du 64e Festival. Avant l'extinction des lumières, la comédienne Agnès Sourdillon s'avance sur la scène pour lire un communiqué cinglant qui s'inquiète des baisses de financement pour la culture : «Comment ne pas voir ici la marque avérée d'un mépris, pour ne pas parler d'une méfiance, voire d'une volonté d'en finir avec une politique artistique garante de la liberté de l'esprit dans ce pays ?» Signé du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), qui regroupe les directeurs de théâtres publics, le texte est largement applaudi par les spectateurs. Le ministre serre les mâchoires, et plus encore quand deux intervenants non prévus se dressent sur les gradins pour l'interpeller à leur tour. «Le spectacle, le spectacle !» s'écrie sur son siège Georges-François Hirsch, directeur général de la création artistique au ministère de la Culture.

Burlesque. C'est dans cette ambiance tendue que la pièce commence. Artiste associé à cette édition, le metteur en scène suisse Christoph Marthaler n'est pas un trublion. Unanimement salué en Europe, il est l'inventeur d'un théâtre musical et gestuel qui allie la mélancolie au burlesque. Nul besoin d'être bardé de références pour avoir accès à son univers, pas si loin de celui d'un Jérôme Deschamps. Pour la première fois de sa carrière, il a accepté de travailler en plein air et conçu pour la cour d'honneur une nouvelle pièce, Papperlapapp (équivalent allemand de blablabla). L'humour, teinté d'irrévérence envers la religion, et la musique sont bien au rendez-vous (jamais, de toute l'histoire du Festival, on a entendu des acteurs chanter aussi bien), mais le spectacle tire en longueur. Dans toutes ses pièces, Marthaler ménage des temps où il ne se passe rien, et use du comique de répétition. Cela passe mal auprès d'une partie du public, qui manifeste son agacement et quitte la salle bruyamment : «C'est nul à chier !» hurle un déçu. Tassé sur son fauteuil, le ministre n'est visiblement pas non plus sous le charme. Il applaudit à peine au salut. «Incompréhensible et snob. On s'étonne après qu'il n'y ait plus de subvention pour le spectacle vivant. C'est l'exemple même de ce qu'il ne faut pas faire», lance sur BFM TV un spectateur interrogé à la sortie. «Première houleusedansle in», titre la Provence du 9 juillet.

Samedi 10 juillet. Dans leur bureau du cloître Saint-Louis, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, les deux jeunes directeurs du Festival (40 et 42 ans), sont inquiets. A 21 h 30 débutent au cloître des Carmes les représentations de la Casa de la Fuerza de l'Espagnole Angélica Liddell. Une artiste inconnue en France, voire dans son propre pays, qui pousse l'engagement corporel jusqu'à se scarifier sur scène. Violent, démesuré - il dure plus de cinq heures -, son spectacle va-t-il transformer le vent de fronde en tempête ? A 3 heures du matin, bouleversés par la puissance de ce qu'ils ont vu, les spectateurs réservent une longue ovation à la Casa de la Fuerza. Angélica Liddell n'est plus celle qui suscite le rejet, mais qui fait l'unanimité en sa faveur. La polémique devrait retomber d'elle-même.

Temps forts. D'autant que le Festival, s'il compte son lot de déceptions, réserve d'autres temps forts : Gardenia, la très belle pièce du chorégraphe Alain Platel ; l'adaptation en néerlandais par Guy Cassiers de l'Homme sans qualités de Musil et celle, en allemand, du Procès de Kafka par Andreas Kriegenburg, ou encore My Secret Garden, texte de Falk Richter mis en scène par Stanislas Nordey. Sans compter un autre coup de tonnerre : Schutz vor der Zukunft, l'opéra de Christoph Marthaler, en hommage aux enfants handicapés autrichiens euthanasiés par les nazis.

Mais la querelle a la vie dure : «Avignon 2010 : un millésime trop audacieux ?» s'interroge encore le Monde en une de son édition de mardi. Sur place, les spectateurs qui s'arrachent les derniers billets disponibles n'ont pas l'air de le penser. Et si, dans la cour d'honneur, Richard II de Shakespeare déçoit, c'est plutôt par le manque d'audace de la mise en scène de Jean-Baptiste Sastre.

Derrière la polémique, se joue la lutte de pouvoir autour de la succession des deux directeurs. Nommés en 2004, Hortense Archambault et Vincent Baudriller achèveront leur deuxième mandat de quatre ans à l'issue du Festival 2011. Or, selon les statuts, ils ne peuvent pas en briguer un troisième. Une simple modification des dits statuts pourrait leur permettre de rempiler, ce qu'ils souhaitent. Mais le poste suscite d'autant plus de convoitises que les clignotants sont au vert : budget en équilibre ; taux de remplissage supérieur à 90%, en augmentation constante ; rajeunissement du public ; forte présence de spectateurs et de programmateurs du monde entier (10% du total), Archambault et Baudriller peuvent être fiers de leur bilan (lire ci-dessous). Ils disposent d'importants soutiens : la maire d'Avignon (lire page précédente), qui a particulièrement apprécié qu'ils s'installent toute l'année dans sa ville, mais aussi, de façon discrète mais ferme, Louis Schweitzer, président du conseil d'administration, qui rappelait il y a quelques jours à la commission des affaires culturelles de l'Assemblée que «le Festival est très bien géré».

Inattaquables sur ce terrain, leur remise en cause ne peut résulter que d'une décision politique. Esthétiquement, Frédéric Mitterrand, qui dit «mal connaître» le théâtre, est sans doute assez loin des actuels directeurs. Homme de patrimoine, il pourrait être tenté par une option plus conservatrice, mais elle serait largement contradictoire avec l'histoire d'Avignon. Et risquerait de fragiliser un Festival vivant et en bonne santé.

Festival d'Avignon 2011

festival 2011

L'appel du large

Festival d'Avignon 2011. La 65e édition du Festival fait la part belle à la danse et aux expériences.

Par Brigitte Salino Publié le 06 juillet 2011

Des enfants dansent, cet été, à Avignon. Ainsi l'a voulu Boris Charmatz, l'artiste associé de cette 65e édition (du 6 au 26 juillet), qui crée dans la Cour d'honneur du Palais des papes une pièce appelée enfant, au singulier et sans majuscule. Peut-être fait-il exercice de mémoire, en se souvenant du temps où, enfant, justement, il allait à Avignon avec ses parents. Depuis, le chorégraphe savoyard s'est imposé comme le "chef de file de la nouvelle vague" de la danse française. Sa présence donne une tonalité particulière au Festival, qui fait la place belle au corps et multiplie les expériences esthétiques chères aux codirecteurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui prennent une fois de plus le risque de déclencher des batailles.

Dans la Cour d'honneur, il faut attendre le 22 juillet pour voir du théâtre, avec une création du Flamand Guy Cassiers, Sang & Roses. Le Chant de Jeanne et Gilles, inspirée par deux personnages de l'histoire de France qui furent confrontés au pouvoir de l'Eglise catholique, Jeanne d'Arc et Gilles de Rais. Avant, Anne Teresa De Keersmaeker, elle aussi flamande, invite les spectateurs à entrer dans le Palais des papes à 4 h 30 du matin, pour assister à Cesena, une chorégraphie qui joue avec le silence de l'aube, et répond à En attendant, sa création de 2010, au Cloître des célestins, qui s'accordait somptueusement à la tombée de la nuit.

Anne Teresa De Keersmaeker est connue des habitués d'Avignon, comme François Verret, William Forsythe, Rachid Ouramdane et Meg Stuart. Xavier Le Roy et Olivia Granville sont des proches de Boris Charmatz, qui réunit la nouvelle garde dans son école d'art. Beaucoup de chorégraphes font leurs grands débuts au Festival, dont la longue histoire de la danse remonte à l'année 1966, avec l'invitation faite par Jean Vilar à Maurice Béjart de présenter son Boléro dans la Cour..

Citons, parmi les jeunes les plus attendus, Cecilia Bengolea et François Chaignaud, qui proposent Danses libres et (M)imosa. Notons, dans un autre registre, la présence de Thierry Thieû Niang, un bel exemple des ponts jetés entre la danse et le théâtre. Il apparaît comme chorégraphe avec... du printemps ! et comme collaborateur artistique de Patrice Chéreau...

Festival d'Avignon 2012

festival 2012

Sur les fronts d'Avignon

Le programme du 66e Festival a été dévoilé, jeudi 22 mars, lors d'une conférence de presse.

Par Fabienne Darge 23 mars 2012

a fusée Avignon 2012 est sur sa rampe de lancement : les directeurs du festival, Hortense Archambaut et Vincent Baudriller, ont annoncé jeudi 22 mars, lors d'une conférence de presse dans la Cité des papes, le programme de cette 66e édition, qui aura lieu du 7 au 28 juillet. A l'image des précédents, ce nouveau cru s'affiche d'emblée comme fortement engagé dans le réel d'aujourd'hui et dans les formes les plus contemporaines : c'est d'ailleurs le croquis d'un homme tenant un porte-voix - signé par le plasticien, cinéaste et metteur en scène sud-africain William Kentridge - qui a été choisi comme étendard par les deux directeurs.

Le Festival 2012 - l'avant-dernier du tandem, avant qu'il ne cède la place à Olivier Py - a pourtant toutes les chances d'être plus consensuel que ceux des années précédentes, qui ont souvent suscité la polémique. L'artiste associé de cette édition, l'acteur et metteur en scène britannique Simon McBurney, âgé de 54 ans et fondateur, en 1983, du Théâtre de Complicité (en français dans le texte), a tout pour séduire le public avignonnais, avec son théâtre politique et poétique d'explorateur sensible et son tempérament de ludion facétieux.

C'est lui qui ouvrira les festivités, avec une création inspirée par le grand roman de Mikhail Boulgakov, Le Maître et Marguerite : une création évolutive qui chemine d'une capitale européenne à l'autre (Londres, Madrid, Vienne...) mais dont l'étape avignonnaise sera spécifiquement conçue pour la Cour d'honneur du Palais des papes. Simon McBurney sera accompagné tout au long du Festival par son complice de toujours, l'écrivain et critique d'art John Berger.

D'autres Anglais accompagnent ce duo britannique et francophile : la metteur en scène Katie Mitchell, découverte au Festival 2011 avec une stupéfiante version de Mademoiselle Julie de Strindberg, présentera une adaptation des Anneaux de Saturne, le roman de W.G. Sebald, et une performance intitulée Ten Billion ("Dix milliards"). Forced Entertainment, la compagnie de Sheffield, sera là avec The Coming Storm ("L'Orage à venir").

A leurs côtés, de grands noms de la scène européenne : l'Allemand Thomas Ostermeier avec Un ennemi du peuple, de Henrik Ibsen ; le Suisse Christoph Marthaler avec Meine Faire Dame. Ein Sprachlabor ("My Fair Lady. Un laboratoire de langues") ; l'Italien Romeo Castellucci avec The Four Seasons Restaurant. Au-delà de ces frontières, notons la présence de deux Sud-Africains, William Kentridge et Steven Cohen.

Côté français, Arthur Nauzyciel signera la deuxième création dans la Cour d'honneur du Palais des papes, en s'attaquant à La Mouette, de Tchekhov. Et Stéphane Braunschweig livrera sa vision de Six personnages en quête d'auteur, de Pirandello. Pour la danse, Sidi Larbi Cherkaoui à la carrière de Boulbon, Olivier Dubois, Jérôme Bel, Josef Nadj, Nacera Belaza, et le retour de Régine Chopinot, avec une troupe canaque. Mais on note aussi des noms peu ou pas connus dans ce programme qui fait la part belle à la découverte, notamment avec les Colombiens du Mapa Teatro. Parmi les moments attendus de cette nouvelle édition, il y aura aussi l'exposition-performance de Sophie Calle à l'Eglise des Célestins, et l'hommage iconoclaste à Jean Vilar, le fondateur du Festival, par la compagnie de théâtre de rue KompleXKapharnaüM.

Festival d'Avignon 2013

festival 2013

Il s'agit de la dixième et dernière assurée par les deux directeurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, remplacés par Olivier Py en 2014.

Par Brigitte Salino Publié le 19 mars 2013

Un feu d'artifice lancera la 67e édition du Festival d'Avignon, qui aura lieu du 5 au 26 juillet. Il sera tiré par le Groupe F, qui embrasera la FabricA, la nouvelle salle voulue par les co-directeurs, Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Située hors des remparts, à la croisée de quartiers sensibles, cette salle permettra à des artistes de travailler tout au long de l'année, et de répéter sur un plateau aux dimensions de la Cour d'honneur du Palais des papes. Pour Hortense Archambault et Vincent Baudriller, la FabricA représente le point d'orgue de l'action qu'ils ont menée pendant dix ans, et qui prendra fin cette année. En 2014, Olivier Py leur succèdera, ouvrant une nouvelle page dans l'histoire du festival créé en 1947 par Jean Vilar.

L'avant-programme de cette 67e édition est en ligne, sur le site du festival. Le programme définitif sera communiqué en mai, et la location ouvrira le 17 juin. Il ne devrait pas apporter de changements majeurs, mais des compléments d'information. Comme ils l'ont toujours fait, Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont bâti leur programmation en travaillant avec des artistes associés. Cette année, ce sont Dieudonné Niangouna et Stanislas Nordey. L'auteur, metteur en scène et comédien de Brazzaville (Congo) créera une pièce qu'il a écrite, Shéda, à la Carrière de Boulbon. Le Français mettra en scène Par les villages, de Peter Handke, dans la Cour d'honneur. Tous les deux seront aussi présents comme acteurs : Stanislas Nordey dans L'Argent, de Christophe Tarkos, monté par Anne Théron ; Dieudonné Niangouna dans Sans doute, un choix de textes contemporains mis en scène par Jean-Paul Delore.

Dans son sillon, Dieudonné Niangouna entraîne une forte présence de l'Afrique, ce qui est une bonne nouvelle. De nombreux artistes du continent, dont beaucoup sont invités pour la première fois, seront présents à Avignon : DeLaVallet Bidiefono (de Brazzaville), Faustin Linyekula (de Kinsangani), Qudus Onikeku (de Lagos), Aristide Tarnagda (de Ouagadougou), Brett Bailey (du Cap), Kiripi Katembo Siku (de Kinshasa)... Par ailleurs, des artistes européens présenteront des spectacles liés à l'Afrique. Signalons en particulier le théâtre-documentaire du Rimini Protokoll (Lagos Business Angels, sur les hommes d'affaires du Nigéria) et de Milo Rau (Hate Radio, consacré au Rwanda).

Dans un tout autre registre, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, à qui il a été reproché de négliger les grandes œuvres du répertoire, mettent cette année la barre haut, avec le Faust de Goethe mis en scène par l'Allemand Nicolas Stemann. Ils proposent également un Roi Lear, de Shakespeare, revisité par Frédéric Boyer, Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde, et la création, par Jean-François Peyret, de Walden ou la vie dans les bois, de l'essayiste Henry David Thoreau, adepte de la non-violence.

Il y aura ainsi beaucoup à méditer, et à découvrir, dans cette 67e édition, qui réunit de nouveaux venus (Ginterdorfer/Klassen, Jean Gosselin, Sandra Iché, Lazare...) et des artistes déjà invités au festival : Angélica Liddell, Jan Lauwers, Krzysztof Warlikowski, Anne Tismer, Katie Mitchell ou Sophie Calle.

En danse, un principe semble avoir dicté les choix d'Hortense Archambault et Vincent Baudriller : peu, mais en grand... et en décalé. Le chorégraphe Jérôme Bel aura ainsi les honneurs de la Cour, où il créera un spectacle très proche d'une forme théâtrale, en faisant témoigner seize spectateurs. Et c'est dans la Cour que s'achèvera la 67e édition, avec une création d'Anne Teresa de Keersmaeker et Boris Charmatz sur la Partita n°2 pour violon seul, de Jean-Sébastien Bach. Avec une seule interprète : Amandine Beyer.

Festival d'Avignon 2014

festival 2014

Le Festival d'Avignon a évité la catastrophe

Perturbée par les grèves et la météo, artistiquement inégale : une première édition en dents de scie pour le directeur Olivier Py.

Par Fabienne Darge Publié le 27 juillet 2014

« Eh bien, ça n'a pas été simple… mais ç'a été beau », a résumé Olivier Py à l'issue de son premier Festival d'Avignon, qui s'est terminé dimanche 27 juillet avec le concert poétique des Têtes raides dans la Cour d'honneur du Palais des papes. Et pour pas simple, elle ne fut pas simple, cette première édition conduite par l'auteur et metteur en scène, qui a fêté ses 49 ans pendant le Festival.

La nouvelle équipe réunie par Olivier Py a dû, pour son baptême du feu, essuyer toutes les tempêtes. Le Festival a d'abord été l'épicentre du mouvement des intermittents du spectacle, dès son ouverture, le 4 juillet. Même si l'annulation a été évitée, notamment grâce aux salariés du « in », qui souhaitaient que le Festival ait lieu, les trois journées de grève des 4, 12 et 24 juillet ont entraîné douze annulations de spectacles.

DÉCEPTION SUR « LE PRINCE DE HOMBOURG »

Et puis, les dieux du théâtre ayant visiblement décidé de faire entendre leur voix, la météo orageuse de début juillet a aussi semé la perturbation : deux annulations supplémentaires, et de nombreux spectacles reportés ou interrompus. L'équipe Py a aussi joué de malchance avec l'annonce, par Jeanne Moreau, qu'elle ne pourrait pas participer comme prévu à la soirée des Têtes raides le 27 juillet.

Le climat a donc été bien lourd, pendant toute la première partie du Festival, d'autant plus que la programmation a semblé dans un premier temps ne pas répondre aux attentes. Déception sur Le Prince de Hombourg, qui revenait dans la Cour d'honneur soixante-trois ans après la mise en scène mythique de Jean Vilar, avec Gérard Philipe et Jeanne Moreau. Déception partielle pour Orlando ou l'impatience, la création d'Olivier Py, qui a semblé recycler ses propres vieilles recettes. Interrogation quant à l'Hypérion proposé par Marie-José Malis au fil de cinq longues heures excluantes pour le public. Et déception, encore, avec les artistes présentés...

Festival d'Avignon 2015

festival 2015

Avignon, bilan d’un festival apaisé
Didier Méreuze Était-il bon ? Était-il mauvais ? Chaque été, la même question se pose avant même que le festival soit achevé – il se termine officiellement le 25 juillet, tandis que le « off » se poursuit jusqu’à dimanche 26 juillet – et avant que la mémoire ait fait son œuvre. Trier, éliminer, conserver les grandes émotions qui font les grandes éditions, au point d’occulter le reste de la programmation…

Qui se souvient que 1985, année du mythique Mahabharata de Peter Brook inaugurant la Carrière de Boulbon, fut aussi celle de la célébration de Francis Ponge et de la Lucrèce Borgia mise en scène par Antoine Vitez dans la cour d’honneur ? Que 1987, aux inoubliables nuits du Soulier de Satin enchantant la même cour, sous la houlette du même Antoine Vitez, fut encore celle de l’hommage à un autre poète, Robert Pinget ?

Un festival de bonne tenue
Il n’empêche. L’exercice s’impose « à chaud » : un an après une édition en partie perturbée par la crise des intermittents, celle-ci peut se définir comme « apaisée », selon le terme du premier ministre, Manuel Valls, en visite à Avignon dimanche 19 juillet. Trop ? Sans figurer dans la liste des millésimes exceptionnels, ce 69e festival s’est montré d’une bonne tenue, malgré un budget amputé et la perte de plusieurs lieux récupérés par la mairie (Jardin de la rue de Mons, gymnase Paul-Giera, Hôtel de la Monnaie…).

Certes, les déceptions n’ont pas manqué, à commencer, dès l’ouverture, par le Lear présenté par Olivier Py dans la cour d’honneur. Pour ce dernier, directeur du festival, la charge était sans doute trop lourde. Dès 1964, Jean Vilar lui-même avait renoncé à y présenter ses propres mises en scène, consacrant ses efforts à la gestion d’une manifestation à l’ampleur grandissante. Autre grande déception, encore dans une cour d’honneur maudite cet été : le Retour à Berratham du chorégraphe Angelin Preljocaj, en mal d’inspiration. La puissance du verbe de Laurent Mauvignier n’y a rien fait.

De vraies découvertes, de belles surprises

Mais les moments heureux ont été nombreux. À marquer d’une pierre blanche, la première venue à Avignon du Polonais Krystian Lupa avec ses Arbres à abattre d’après Thomas Bernhard. Ou les retrouvailles avec Valère Novarina, alchimiste du verbe du Vivier des noms; avec l’Allemand Thomas Ostermeier, également, enfant chéri des festivaliers installé dix jours durant (un record pour lui !) à l’enseigne d’un magistral Richard III, interprété par un comédien fabuleux, Lars Eidinger…

Il y eut aussi de « vraies » découvertes et surprises. Du côté de la danse : Barbarians du Britannique Hofesh Shechter, Jamais assez de Fabrice Lambert. Du côté du théâtre, le mystérieux et envoûtant Forbidden di sporgersi de Pierre Meunier, créé à partir d’un texte de Babouillec, l’« autiste », restera longtemps imprégné dans la mémoire. Venus d’ailleurs, il faut citer également Les Idiots du Russe Serebrennikov, Cuando vuelva a casa… de l’Argentin Pensotti. Et surtout le divin Antonio e Cleopatra du Portugais Rodrigues. Une révélation !

Un état du théâtre au présent

Tous ces spectacles d’outre-Hexagone ont été réunis par le festival sur le thème de « l’autre », de « l’ouverture à l’étranger ». Les formules ne sauraient compenser un manque de lignes de force dans la programmation. Sont-elles indispensables ? Au travers de ces propositions exprimant les réalités de chacun de ces pays, on a pu retrouver ce qui est la marque du festival, par-delà le temps : un état du théâtre au présent. Dans le monde. En France particulièrement.

En ont témoigné les premiers pas avignonnais de « jeunes » metteurs en scène à découvrir d’urgence : Jonathan Châtel à l’ Andreas épuré, Samuel Achache, à qui l’on doit une Fugue rafraîchissante comme une glace délicieuse à savourer dans un Avignon où la température a flirté avec les 40 °C. Du jamais vu depuis la grande canicule de 2003 ! On n’en regrette que plus l’échec du benjamin de la bande… Benjamin Porée, metteur en scène d’une oubliable Trilogie du revoir de Botho Strauss, spectacle de clôture ramenant, par un malheureux effet de boomerang, au souvenir tout aussi malheureux de l’ouverture du festival.

Un « off » avec plus de 1300 spectacles

Parallèlement au « in », le « off » a offert aussi son lot de bonheurs à ceux qui ont su ne pas se perdre dans l’anarchie de cette jungle aux plus de 1 300 spectacles, pas toujours de la meilleure qualité, ni du goût le plus exigeant. Ils ont pu y découvrir des pépites dont La Croix s’est fait l’écho : Réparer les vivants par Emmanuel Noblet, Finir en beauté de Mohamed El Khatib, La Mate de Flore Lefebvre des Noëttes, On t’appelle Vénus et Noir de boue et d’obus, de la chorégraphe guadeloupéenne Chantal Loïal

Était-il bon ? Était-il mauvais ? La réponse tient moins à une programmation du festival – plus ou moins heureuse, plus ou moins décevante, mais rarement d’exception –, qu’à la ferveur de son public, aussi nombreux, aussi passionné cet été que les précédents. Il faut le voir, il faut le « vivre » présent partout dans les rues, dans les théâtres, aux terrasses des cafés trois semaines durant ! Prêt à remplir chaque jour le jardin Ceccano, sur le coup de midi, pour s’abandonner, en pleines vacances, en plein juillet, aux délices d’un feuilleton philosophique : L a République de Platon .

Festival d'Avignon 2016

festival 2016

A Avignon, un parfum d’apocalypse joyeuse

Marquée par une programmation cohérente et de haute tenue, explorant toutes les figures du Mal, l’édition 2016 du festival « in » s’est achevée dimanche.

Par Fabienne Darge  Publié le 25 juillet 2016 le Monde.

Avignon 2016, clap de fin. Dimanche 24 juillet, les équipes du festival « in » remballent, à la fin des derniers spectacles programmés : Place des héros, le chef-d’œuvre de Thomas Bernhard et de Krystian Lupa, Interview, le spectacle de notre confrère Nicolas Truong, et le vertigineux Hearing de l’Iranien Amir Reza Koohestani. Le « in » plie bagage, mais le « off », lui, continue jusqu’au 30 juillet dans de nombreuses salles.

Quelle image retenir en premier lieu, à l’issue de ce festival qui, justement, en a proposé beaucoup, des images, en mettant en avant les formes théâtrales qui se mélangent avec la vidéo ? Difficile de choisir, car c’est une édition de haut niveau qu’ont signée, pour la troisième année de leur mandat, Olivier Py et son équipe.

Les deux premières années avaient été difficiles, en partie pour des raisons dont la direction d’Avignon n’est pas responsable – conflit des intermittents du spectacle en 2014, difficultés financières conséquentes et baisses de subvention en 2015. Mais aussi en raison d’erreurs de programmation.

Un succès de fréquentation

Olivier Py a nettement redressé la barre, pour cette édition 2016 qui est aussi la 70e du festival fondé par Jean Vilar en 1947. En termes de fréquentation, déjà, ce festival est un succès, puisqu’il affiche un excellent « taux de remplissage » de 95 %. Sur nombre de créations, les billets se sont arrachés, et l’on n’a cessé d’entendre des spectateurs se plaindre de n’avoir pas pu acheter de places pour tel ou tel spectacle.

Cette édition 2016 a été tirée par des locomotives puissantes, à commencer par Les Damnés, le spectacle d’ouverture dans la Cour d’honneur du Palais des papes. En adaptant le film de Luchino Visconti sur la montée du nazisme, et en dirigeant la troupe de la Comédie-Française à son meilleur, le metteur en scène flamand Ivo van Hove a fait sensation. Et donné le ton de ce festival, qui s’est fixé comme fil rouge d’explorer toutes les figures du Mal, notamment dans ses déclinaisons politiques, avec la nouvelle montée des nationalismes, mais aussi sur un niveau plus profond et plus intime.

Cette atmosphère de « cauchemar en suspens » que chacun peut ressentir, au regard de l’actualité, a aussi baigné le spectacle monstre de ce festival : 2666, l’adaptation par Julien Gosselin du chef-d’œuvre de l’écrivain chilien Roberto Bolano, premier grand livre abordant de front la question du féminicide. 2666, qui était le marathon de cette année, avec douze heures de spectacle, confirme le talent fou de Julien Gosselin, qui n’a que 29 ans, et fait montre d’une virtuosité impressionnante pour mener jusqu’à ses ultimes développements cette histoire où se lient de manière indissoluble la question de la violence et l’amour absolu de la littérature.

Festival d'Avignon 2017

festival 2017

Festival d'Avignon 2017 : premiers jours en accéléré

EN DIRECT D'AVIGNON - La 71ème édition du festival a commencé ce jeudi 6 juillet au soir. On a déjà vu une bonne dizaine de spectacles, in et off, et croisé les grands de ce monde…

Avignon, ça commence toujours par la parole. Conférence express d'Olivier Py, jeudi matin. Il a une demi-heure, questions comprises, à consacrer à l'exercice, car ensuite, se tient le conseil d'administration du festival. La veille, on a rencontré dans le train, l'un des membres du CA, Emmanuel Ethis, aujourd'hui recteur de l'Académie de Nice, grande figure avignonnaise. Sociologue, il est spécialiste des publics. De la cité des papes, comme du Festival de Cannes. Les équipes qu'il a formées sont toujours au travail. La question du public est l'une des plus débattues à Avignon, depuis son origine. On en reparlera…

Olivier Py, qui aime fréquenter les religieux experts dans l'art de la parole, excelle à répondre de biais aux reproches que de nombreux observateurs lui ont calmement adressés en découvrant cette 71ème édition. Premier point: «Avignon reste international». À bon entendeur, salut! Ceux qui estiment que la proportion de spectacles en langues étrangères est trop lourde, et que l'on passera des heures à lire des surtitrages, voici la réponse! Deuxième point, l'Afrique. À ceux qui déploraient l'absence d'un grand texte de littérature francophone africaine, il réplique que s'il y a de la danse, de la musique, tous ces spectacles sont basés sur l'écriture. Trop fort, Olivier. Et comme les questions ne fusent pas, il lance: «Attention, je vais vous parler de ma mère!».

Il y a eu une question, pourtant, sur la sécurité. Les mesures sont visibles dès l'arrivée aux remparts: de nombreuses portes sont complètement fermées et le soir, dans la rue de la République, traditionnellement piétonne, il y a des chicanes pour interdire les passages à certains endroits sensibles. L'accès aux salles n'est pas compliqué, mais étrange. Inspection des sacs, interdiction des casques, des sacs à dos, des objets encombrants. Pour les bouteilles d'eau dont chacun se munit étant donné la température (35-36° ces jours-ci), les grandes sont interdites ; les petites acceptées à condition qu'on en abandonne le bouchon. Étrange mesure que l'on a du mal à comprendre…Mais qui est forcément justifiée.

Pour le reste, si les premiers jours, on ne sentait pas la foule de croisière, les spectateurs sont arrivés plus nombreux ce week-end. Mais traditionnellement, c'est toujours autour du 14 juillet que la fréquentation des salles et de la rue est le plus importante. Attendons.

Mais la construction du programme fait que le public du in se disperse: hier, vendredi, commençaient à la fois, dans l'après-midi, Les Parisiens d'Olivier Py à la Fabrica et Die Kabale der Scheinheiligen/Le Roman de Monsieur Molière, le grand spectacle de Frank Castorf, à Château-Blanc. La Fabrica n'était pas complètement pleine, ce qui est rare pour une mise en scène du directeur du festival, toujours très aimé, enfant rétif qui a fait ses premiers pas dans le off…

Jeudi après-midi, sur le coup de 15h00, sac de toile rouge de la 71ème édition à l'épaule, Olivier Py avait fait une apparition express à la Chapelle des Pénitents blancs à l'orée du premier spectacle, celui de Pierre-Yves Chapalain pour le jeune public, Où sont les ogres? «Je déclare ouvert le 71ème festival d'Avignon», avait-il lancé, souriant, avant de s'éclipser. Commencer par la jeunesse, est un manifeste. Et il est vrai que partout où il est passé, l'auteur de La jeune fille, le diable et le moulin, d'après les frères Grimm, a eu souci de faire la place au public naissant…

Le soir avait lieu l'ouverture majestueuse, dans la Cour d'honneur, avec l'Antigone de Satoshi Miyagiet l'hommage merveilleux à Pierre Henry, mort le matin même, avec une bouffée revigorante de Messe pour le temps présent. Le public aime ce travail magistral et adhère profondément aux codes esthétiques très particuliers qui rejoignent par la beauté et la précision, le jeu dédoublé et la musique envoûtante, les codes de la Grève archaïque de Sophocle. C'est très important, dans l'atmosphère générale du festival, un spectacle puissant et qui séduit en ouverture. Cela irradie sur tout l'ensemble et pour les trois semaines…

La ministre de la culture et éditrice de l'ensemble des œuvres d'Olivier Py était présente ce premier soir. Mais elle a rompu avec la tradition qui veut que le lendemain matin, dans le très beau jardin de la résidence du préfet, elle réunisse la presse et réponde aux questions. Prudente, Françoise Nyssen. Vendredi après-midi, elle a vu un spectacle jeune public, Nuit blanche, dans le off, au Girasole, chez Marion Bierry et rendu visite au «Village», avant de jouer les auditrices libres au long conseil d'administration de la manifestation. Elle se renseigne!

Rimbaud, Proust, Valéry...

Pendant ce temps-là, on suivait le fil: Scena madre d'Ambra Senatore au Gymnase du lycée Mistral et le très beau et délicat spectacle voyageur de Robin Renucci en compagnie du pianiste Nicolas Stavy. Une petite forme itinérante de soixante-dix minutes avec des textes magnifiques réunis sous le titre L'Enfance à l'œuvre. Cela se passait ce soir-là au collège Anselme Mathieu, dans Avignon hors les murs. Emacié et sensible, pieds nus, Renucci dit les textes avec un art très précis tandis que de très belles pages de César Frank, Schubert, Schumann et d'autres viennent comme on tourne des pages. Merveilleux souvenirs de Romain Gary, poèmes de Rimbaud, refrains aimés et chers de Proust. Le tout avec une pointe de Valéry. Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France, entré dans la famille théâtre par l'éducation populaire, prend très à cœur ces moments. Demain soir il est à Sorgues, mardi à Caumont-sur-Durance, etc jusqu'au 26 juillet. Ne le ratez pas.

Le soir, tandis qu'une partie du public découvrait aux Carmes,Sopro de Tiago Rodrigues, l'autre s'aventurait cour du lycée Saint-Joseph pour Standing in time de Lemi Ponifasio. Des chanteuses interprètes maoris, pour un rituel lent et long, impressionnant mais difficile à comprendre, bien loin du splendide spectacle que le chorégraphe néo-zélandais avait donné dans la Cour d'honneur, en mémoire des morts de la guerre de 14.

Samedi était «le» grand jour puisque c'était les débuts du feuilleton de Christiane Taubira et Anne-Laure Liégeois au jardin de la Livrée Ceccano. Vous avez lu l'article de notre consœur de l'AFP, Marie-Pierre Ferey. Que dire de plus! On vous reparlera du phénomène après avoir suivi d'autres épisodes en espérant que les textes seront «désannoncés» comme on dit à la radio. Car le nom des auteurs, écrits sur les chaises, n'est pas lisible. Et pour mieux comprendre, on a besoin de savoir qui vient de nous parler… Ensuite venait le grand texte de langue française que l'on trouve dans la programmation. Les Parisiens d'Olivier Py à la Fabrica. Mais ceci est une autre histoire. À suivre!

Festival d'Avignon 2018

festival 2018

Avignon, de bruit et de fureur

Pendant presque trois semaines, l’événement a déployé comme en un vaste éventail de multiples manières de représenter les tragédies collectives et individuelles.

ParFabienne Darge  Publié le 23 juillet 2018

Le bruit, la fureur et les mutations du monde ont tenu le premier rôle, dans ce 72e Festival d’Avignon qui s’achève mardi 24 juillet, avec Ici-bas, un concert-spectacle sur des mélodies de Gabriel Fauré, dans la Cour d’honneur du Palais des papes, et avec le très beau Canzone per Ornella, du chorégraphe Raimund Hoghe. Les chiffres de fréquentation ne seront connus qu’après la clôture, mais ils seront bons, comme ils le sont systématiquement depuis une quinzaine d’années, les places s’arrachant pour les spectacles du « in ».

Olivier Py, qui entame avec cette édition 2018 son deuxième mandat de quatre ans à la tête du festival créé en 1947 par Jean Vilar, avait annoncé une programmation placée sous le signe des questions de genre. Cette interrogation sur le féminin et le masculin a bien entendu été très présente, mais finalement, plus que cette thématique, c’est celle de la violence politique, des tragédies collectives et intimes, qui a dominé ce festival.

Au fil de ses presque trois semaines de représentations, Avignon a déployé un vaste éventail des multiples manières de représenter la violence qui touche les sociétés ou les individus. Avec des bonheurs artistiques divers. Les deux gros spectacles d’ouverture, tous deux signés par de jeunes trentenaires, tous deux réussis chacun dans leur genre, ont donné le ton.

Différents angles, époques et formes

Thomas Jolly, en montant Thyeste dans la Cour d’honneur du Palais des papes, a choisi de remonter à la source, avec Sénèque, et une pièce qui va jusqu’au bout de l’horreur et de l’indicible, mais où cette horreur et cet indicible ne sont pas montrés directement, et passent à travers le filtre des mots.

Avignon : la violence de « Thyeste » déchire les murs de la Cour d’honneur

En ouverture du 72e Festival, Thomas Jolly met en scène avec brio toute la démesure de la tragédie de Sénèque.

Par Brigitte Salino Publié le 07 juillet 2018

Il faisait encore jour quand une nuée d’enfants est entrée dans la Cour d’honneur, vendredi 6 juillet. Portant des masques blancs et des cheveux noirs, ils couraient en tous sens, et cela aurait pu être une joyeuse sarabande si des mots n’étaient venus la trouer, tels une épée s’enfonçant dans un corps. Des mots terribles, comme jamais il n’en fut entendu entre les murs du Palais des papes : ceux de Thyeste, de Sénèque, dans une mise en scène de Thomas Jolly, qui se joue jusqu’au 15 juillet et qui fera date, et sûrement débat. François Hollande et Françoise Nyssen, la ministre de la culture, étaient dans les gradins, à côté d’Olivier Py, le directeur du festival, et il soufflait juste assez de mistral pour que les éléments soient de la partie, dans une pièce où le soleil inverse sa course en plein jour, tant le monde est perturbé.

Par quoi ? La barbarie. Totale, définitive, brute. De celles qui font que les mots manquent, comme Sénèque lui-même le dit dans sa tragédie à nulle autre pareille, où l’innommable n’est pas montré, mais relaté : Thyeste mange ses trois fils, que son frère Atrée a tués, dépecés et fait cuisiner, parce qu’ils sont nés de la femme qu’il aimait et que Thyeste lui a pris. Cela pourrait suffire à l’horreur si Thyeste ne se retrouvait pas « enceint » de ses enfants, qu’il sent bouger dans ses entrailles. Ainsi le veut la malédiction de Tantale, qui n’a pas de limites et à qui Sénèque donne les habits noirs d’une langue, extraordinairement traduite par Florence Dupont, qui ne se refuse aucune fureur et n’hésite devant rien, ni l’imprécation, ni le lieu commun, ni le sentimentalisme.

Festival d'Avignon 2019

festival 2019

Festival d’Avignon : Akram Khan invoque les ombres de la Cour d’honneur

Avec « Outwitting the Devil », le chorégraphe anglais s’inspire de l’épopée de Gilgamesh pour créer une fable sombre sur l’urgence écologique

Par Rosita Boisseau Publié le 19 juillet 2019

Un grondement soulève les gradins, une déflagration plonge la Cour d’honneur dans le noir. Effondrement massif, black-out total. L’étau se referme sur le Palais des papes et ses 2 000 spectateurs piégés dans les décombres de Outwitting the Devil, chorégraphié par Akram Khan pour six danseurs. Apocalypse, fin du monde, un homme seul, torse nu, maigre et défait, avance, portant un morceau de terre calcinée contre lui.

A l’affiche pour la première fois du Festival d’Avignon, et balancé direct dans la Cour – toujours une gageure pour les metteurs en scène –, l’artiste anglais d’origine bangladaise, que l’on a connu solaire et lumineux, en particulier à ses débuts dans les années 2000, se risque ici dans une zone obscure et insolite. Théâtral et dansé, livre d’images pour un récit de mort, de vengeance et de culpabilité, Outwitting the Devil (« tromper le diable, se jouer de lui ») tombe comme une malédiction sur le plateau parsemé de blocs charbonneux. Dans la scénographie de Tom Scutt, damier d’un monde réduit en cendres, marqueterie façon cimetière pour six personnages rongés d’ombres, cette saga au trait appuyé a impressionné le public, mercredi 17 juillet, qui l’a ovationnée.

A la Cour d’honneur, décor en soi qui peut vite écraser et accabler, Akram Khan, 45 ans, a répondu en affirmant « sa passion pour l’exploration de mythes anciens et modernes, à l’aune de notre époque ». Il a choisi une fable qui met le feu aux murailles. Sur le plan spatial en revanche, il riposte à l’immensité des 500 mètres carrés de la scène en réduisant la surface à un rectangle de 80 mètres carrés, plus proche d’un théâtre classique, contournant le défi plastique du Palais des papes. Il concentre l’action et peut ainsi, sans trop de dommages, oser un casting de seulement six interprètes pour tenir avec vaillance le plateau ; la bande-son et la musique chargées, très cinématographiques, de Vincenzo Lamagna, remplissant à ras bord la cuvette de la Cour.

Festival d'Avignon 2020

festival 2020

Coronavirus : le Festival d’Avignon dans l’expectative

Le directeur de la manifestation, Olivier Py, a présenté en ligne, mercredi 8 avril, la programmation de l’édition 2020, espérant encore qu’elle aura lieu malgré l’épidémie de Covid-19.

ParFabienne Darge Publié le 07 avril 2020

C’est inédit dans l’histoire du Festival d’Avignon, depuis sa création par Jean Vilar, en 1947 : son directeur, Olivier Py, a présenté, mercredi 8 avril, sa programmation « rêvée » de l’édition 2020, sous la forme d’une conférence de presse virtuelle, confinement oblige. « J’espère que nous lèverons le rideau sur cette magnifique 74e édition, s’est-il enthousiasmé, même si, bien sûr, nous respecterons les décisions des autorités sanitaires. »

« Nous avons encore la possibilité de faire le festival 2020 » si la fin du confinement intervient début mai, a-t-il précisé, mais « si on est encore confiné mi-mai, le festival sera compromis ». Olivier Py a également évoqué la possibilité d’un report de la manifestation. « J’ai toujours pensé qu’il fallait que le rideau se lève et que c’était là notre geste le plus politique », a-t-il conclu.

A cette date du 8 avril, le Festival « in », prévu du 3 au 23 juillet, et le « off », calé du 3 au 26 juillet, sont donc toujours sur les rails. Mais plus les jours passent, plus les inquiétudes se font jour quant à la possibilité réelle de maintenir une manifestation qui draine 700 000 personnes dans les rues d’Avignon.

L’annulation du festival d’Edimbourg, qui devait avoir lieu en août, a fait l’effet d’une douche froide qui s’est abattue sur la cité des Papes. « Quand on a appris la nouvelle, on a tous et toutes douté de la possibilité de maintenir Avignon », avouent plusieurs directeurs de salle du « off ». Officiellement, pourtant, on y croit encore.

« En ce jour du mardi 7 avril, rien ne nous permet de prendre une décision d’annulation », réaffirmait la veille de la conférence de presse Paul Rondin, le directeur délégué du Festival « in ». « Ce n’est du reste pas à nous de prendre cette décision, mais à l’Etat et à l’autorité sanitaire. Notre responsabilité, c’est donc de continuer .....

Avignon, un festival débranché mais pas tout à fait off

Lectures en extérieur, one-man-show, fêtes, présentations… Dans la cité des Papes, où la 74e édition du Festival a été annulée le 15 avril, des directeurs de compagnie ont improvisé une programmation bis. Pour redonner voix au théâtre et sauver la saison.

ParLuc Leroux Publié le 24 juin 2020

Les vitrines sont poussiéreuses et les affiches des théâtres d’Avignon invitent à des représentations pour le mois de… mars dernier. Les terrasses de la place Pie sont bondées de lycéens mais les comédiens et techniciens du Festival « off », qui les envahissent traditionnellement à cette période de l’année, n’y sont pas. Juin 2020 ne ressemble en rien à un mois de juin à Avignon. Même les directeurs artistiques ont « tout le temps qu’il faut » pour discuter avec les journalistes quand habituellement ils n’auraient « même pas deux minutes » à leur consacrer, happés par le montage des spectacles.

« Bouh ! Ça sent le renfermé ici », soupire Laetitia Mazzoleni en ouvrant la porte du Théâtre Transversal, qu’elle dirige. Ses deux petites salles d’une quarantaine de places chacune, à deux pas des Halles, devaient accueillir seize spectacles par jour du 3 au 26 juillet. Elle a remboursé quelques-unes des huit compagnies qui avaient réservé des créneaux, mais la majorité a fait le choix de reporter à l’année prochaine. « Un “off” sans le “in”, ça aurait été compliqué et je ne souhaitais pas un Festival qui se raccroche aux branches, sans l’ambiance, et surtout, pour les compagnies qui investissent énormément l’été à Avignon, sans la certitude d’être vues par les professionnels. » Un spectacle sur quatre joués en France serait choisi à Avignon.

Le festival d'Avignon annulé après les annonces d'Emmanuel Macron

Le président de la République a expliqué que les festivals étaient interdits au moins jusqu'à mi-juillet. Olivier Py, qui devait inaugurer l'édition 2020 le 3 juillet, a préféré jeter l'éponge.

La 74e édition du Festival d'Avignon n'aura pas lieu cet été. Le communiqué est tombé lundi soir dans la foulée de l'allocution télévisée du président de la République, Emmanuel Macron précisant que les «grands festivals et événements avec public nombreux ne pourront se tenir au moins jusqu'à mi-juillet prochain». «Olivier Py, Paul Rondin et les équipes du Festival d'Avignon ont pris acte des déclarations du président de la République du 13 avril 2020, dit le communiqué. Les conditions ne sont plus aujourd'hui réunies pour que se déroule la 74e édition qui devait se tenir du 3 au 23 juillet 2020. La direction du Festival d'Avignon soumettra un plan d'annulation à l'approbation du conseil d'administration de l'Association de gestion du Festival d'Avignon le lundi 20 avril 2020. Nous avons partagé l'espoir aussi longtemps que cela était permis, mais la situation impose un autre scénario. Notre devoir est désormais de préserver et d'inventer l'avenir du Festival d'Avignon.»

Les responsables du Off ont indiqué de leur côté à l'AFP avoir «pris acte des déclarations du président de République et du communiqué du Festival d'Avignon». Ils réuniront leur bureau mardi matin et un conseil d'administration dans la semaine.

Mercredi 8 avril, Olivier Py voulait encore y croire en organisant une conférence de presse en direct d'Avignon. Confiné, le directeur du plus célèbre festival de théâtre au monde assurait le matin même sur France Inter «Je suis inquiet mais pas complètement pessimiste. » Pour lui la 74e édition du Festival d'Avignon devait se tenir comme prévu du 3 au 23 juillet. «Nous avons encore la possibilité de faire le festival. Bien évidemment si les autorités sanitaires nous disent qu'il n'y aura pas de déconfinement au mois de mai et pas de rassemblement possible au mois de juillet, alors on ne pourra pas le faire», avait-il précisé. Dans l'après-midi, le festival avait mis en ligne sur son site l'annonce de la programmation du In, avec des vidéos des artistes invités présentant leurs créations. Olivier Py reprenait la parole pour émettre plusieurs hypothèses, parmi lesquelles un éventuel débord ou report au mois d'août, opération compliquée mais envisageable.

Cette option n'a finalement pas été retenue et le festival se dirige vers une annulation sèche, suite aux annonces d'Emmanuel Macron. D'autres festivals risquent de devoir prendre la même décision. Les Nuits de Fourvière, Les Vieilles Charrues, les Francofolies, les festivals de Marseille ou encore d'Aix-en-Provence sont en tout cas confrontés aux mêmes difficultés. Le Festival de Cannes, reporté fin juin début juillet, s'il n'est pas destiné au grand public mais majoritairement aux professionnels, voit son horizon bouché. L'hécatombe continue.

Du 23 au 31 octobre 2020

Une semaine d'art en Avignon

festival 2020 bis

Olivier Py : « A Avignon, la Semaine d’art est très attendue »

Le directeur du Festival se réjouit, dans un entretien au « Monde », de l’impatience du public à venir découvrir les sept spectacles programmés du 23 au 31 octobre.

Propos recueillis par Rosita Boisseau etGuillaume Fraissard Publié le 23 octobre 2020

Après l’annulation du Festival d’Avignon, en avril, Olivier Py, metteur en scène et directeur de la manifestation, a réussi à construire une exceptionnelle Semaine d’art en Avignon, avec sept spectacles programmés entre vendredi 23 et samedi 31 octobre.

La ministre de la culture ­Roselyne Bachelot a annoncé de nouvelles aides financières pour le spectacle vivant, ­secteur sinistré. Quelle est l’importance de cette ­Semaine d’art dans le contexte actuel ?

Elle est d’abord un signe pour la ville d’Avignon déjà sinistrée. C’est la cinquième ville la plus pauvre de France et l’annulation de la manifestation a été un coup terrible avec une perte estimée à 100 millions d’euros. Le festival n’a, quant à lui, pas de soucis financiers. Nous avons reçu nos subventions 2020. Les billets à la vente sont partis très vite, et on n’en aura sûrement pas assez. On sent une envie très forte du public de revenir dans les salles. Il sera plus local que pendant le mois de juillet où seulement 35 % des spectateurs sont de la région, mais ce lien est précieux à conserver.

A Avignon, la Semaine d’art est très attendue par les équipes, les artistes et la ville. A ceci près que nous suivons les normes et n’aurons que 5 000 places au lieu de 10 000 et c’est très dommageable. Mes seules inquiétudes sont la mise en place de nouvelles contraintes sanitaires ou que des artistes aient le Covid-19, qu’ils soient tenus d’annuler.